Plusieurs partis et personnalités de l’opposition ont appelé à une journée de « ville morte » le mercredi 3 juin 2026 sur l’ensemble du territoire national. Cette initiative vise à protester contre le projet de loi sur le référendum et à dénoncer ce que ses promoteurs considèrent comme une volonté du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, de modifier ou de réviser la Constitution afin de s’ouvrir la voie à un troisième mandat.
Face à cet appel, la majorité présidentielle a multiplié les messages invitant la population à poursuivre normalement ses activités. Le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, a notamment exhorté les Congolais à ne pas céder au mot d’ordre de l’opposition, tandis que le vice-Premier ministre de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a rappelé aux agents de l’État leur obligation de présence au travail.
La « ville morte », une arme politique historique
En République Démocratique du Congo, la stratégie de la ville morte constitue depuis plusieurs décennies l’un des principaux moyens de pression utilisés par l’opposition pour démontrer sa capacité de mobilisation. Contrairement aux manifestations de rue, souvent exposées aux risques d’affrontements ou de répression, la ville morte consiste à appeler les citoyens à rester chez eux et à suspendre les activités économiques, commerciales et administratives.
Dans les années 1990, sous le régime du Maréchal Mobutu, cette stratégie avait été largement utilisée par l’UDPS d’Étienne Tshisekedi et les forces de l’opposition regroupées au sein de l’Union sacrée de l’opposition radicale (USOR). Plusieurs journées avaient alors paralysé Kinshasa pour exiger la tenue de la Conférence nationale souveraine.
Sous la présidence de Joseph Kabila, la ville morte a également marqué l’histoire politique récente. En février 2016, un appel de l’opposition avait connu une forte adhésion à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes du pays pour exiger le respect des délais constitutionnels relatifs à l’élection présidentielle. En août 2017, une nouvelle opération avait été organisée pour dénoncer les retards dans le processus électoral et réclamer une transition sans Joseph Kabila. Son impact avait toutefois été plus limité, révélant une certaine lassitude de la population confrontée aux difficultés économiques.
Le pouvoir engagé dans une contre-offensive médiatique
L’appel à la ville morte a provoqué une réaction rapide du camp présidentiel. À travers ses responsables politiques, ses relais médiatiques et les institutions publiques, le pouvoir tente de convaincre la population de poursuivre ses activités normalement. Cette stratégie présente cependant un paradoxe politique. En cherchant à combattre le mot d’ordre de l’opposition, le pouvoir contribue également à lui donner une visibilité nationale plus importante.
Chaque déclaration officielle, chaque appel à la reprise des activités ou chaque mise en garde adressée aux fonctionnaires renforce l’attention portée à cette journée du 3 juin 2026, transformée progressivement en véritable test de popularité pour les deux camps.
Trois facteurs décisifs pour mesurer l’impact du mouvement
L’issue de cette journée dépendra principalement de trois secteurs clés. Le premier concerne les transports publics. Si les chauffeurs de taxis, bus et mototaxis décident de rester à l’arrêt, volontairement ou par crainte d’éventuels incidents, l’impact visuel de la mobilisation sera immédiat, notamment dans les grandes villes comme Kinshasa, Lubumbashi ou Goma.
Le deuxième facteur est celui du commerce informel. Une grande partie de la population congolaise vit de revenus quotidiens. Pour de nombreux commerçants et vendeurs de rue, une journée sans activité représente une perte difficilement supportable. Leur décision d’ouvrir ou non leurs étals influencera fortement la perception du succès ou de l’échec de l’opération.
Enfin, le déploiement des forces de sécurité jouera un rôle déterminant. Une présence sécuritaire rassurante pourrait encourager la population à poursuivre ses activités. À l’inverse, un climat de tension ou de peur pourrait pousser de nombreux habitants à rester chez eux, créant un effet similaire à celui recherché par les organisateurs de la ville morte.
Un baromètre du climat politique et social
Au-delà de l’affrontement entre majorité et opposition, la réussite ou l’échec de cette journée dépendra également du contexte socio-économique du pays. Le niveau de frustration de la population face au coût de la vie, au chômage, aux difficultés économiques ou encore aux débats sur l’avenir des institutions pourrait influencer le comportement des citoyens.
Le 3 juin 2026 apparaît ainsi comme un moment d’observation privilégié pour mesurer non seulement la capacité de mobilisation de l’opposition, mais aussi le degré d’adhésion de la population aux appels du pouvoir à la poursuite normale des activités. Plus qu’une simple journée de protestation, cette ville morte constitue un véritable test politique dans un contexte marqué par les débats autour de la réforme constitutionnelle et de l’avenir démocratique du pays.
La Gazette du Continent
