Antoine Gizenga, président du PSA, devient vice-premier ministre de Lumumba. Né le 25 octobre 1925, Antoine Gizenga est membre de la tribu pende du Kwilu. Ayant étudié dans la même école que Pierre Mulele, ce dernier le sollicite en 1959 pour devenir le président de leur parti politique qu’il venait de créer avec ses camarades: le PSA (Parti Solidaire Africain).
Voilà comment l’enseignant Antoine Gizenga se retrouve embarqué en politique. Aux élections générales de mai 1960, le PSA d’Antoine Gizenga est le deuxième parti politique du pays avec 13 députés nationaux sur les 137 que compte l’assemblée nationale. Juste derrière le MNC-LUMUMBA qui en compte une trentaine. L’ABAKO de Joseph Kasa-Vubu a 12 députés. Et le PSA est le premier parti politique de la grande province de Léopoldville en nombre de députés provinciaux. C’est ainsi que Cléophas Kamitatu, président provincial du PSA, deviendra le premier gouverneur noir de Léopoldville. Lumumba, Gizenga, Kashamura, Sendwe…forment une coalition gouvernementale qui leur assure la majorité absolue au Parlement. Patrice Lumumba devient Premier ministre et son allié Antoine Gizenga vice-premier ministre.
Antoine Gizenga, chef de l’opposition armée de Kisangani, revient à Kinshasa
A la mort de Lumumba, Antoine Gizenga se retrouve à Kisangani où il dirige le gouvernement légal de la République Libre du Congo. Reconnu par plusieurs pays (URSS, Chine, Allemagne de l’Est, Egypte, Mali . . . ) le gouvernement Gizenga contrôle presque la moitié du pays avec son armée l’ANC-Lundula (Province Orientale, Kivu, Sankuru, Nord-Katanga). Le conclave de Lovanium (dialogue politique du 22 juillet au 2 août 1961) permet la réconciliation entre les groupes de Kasa-Vubu, de Gizenga et d’Albert Kalonji qui avait fait sa sécession au Sud-Kasai. Cyrille Adoula est nommé Premier ministre et Antoine Gizenga vice-premier ministre. Le territoire national est réunifié sauf le Katanga qui persiste dans sa sécession. Avec Moïse Tshombe comme chef de l’État.
Antoine Gizenga redevient rebelle et est arrêté
Antoine Gizenga est revenu à Kinshasa où il exerce ses fonctions au sein du gouvernement Adoula. Mais au mois de décembre 1961, Antoine Gizenga demande la permission à Adoula de retourner à Kisangani pour régler certaines affaires privées. Adoula l’autorise. Arrivé à Kisangani, Antoine Gizenga remet en cause le gouvernement Adoula et déclare qu’il redevient le chef du gouvernement légal laissé par Lumumba et entre en rébellion contre Kinshasa. Mais cette fois ci, personne ne suit Gizenga dans cette nouvelle aventure, ni les militaires ni les politiques. On considère qu’Antoine Gizenga exagère. Au mois de janvier 1962, Antoine Gizenga est arrêté à Kisangani pour » rébellion caractérisée à l’autorité établie « . Ramené à Kinshasa, il est transféré à l’île de Bula-Mbemba où il passera 2 ans en détention.
Pierre Mulele lance sa rébellion dans le Kwilu, Christophe Gbenye crée le CNL à Brazzaville
Le 23 juillet 1963, Pierre Mulele, l’ancien ministre de l’Éducation nationale du gouvernement Lumumba et haut cadre du PSA d’Antoine Gizenga, lance une nouvelle rébellion au Kwilu, dans les fiefs de Mbuun (sa tribu) et de Pende (la tribu de Gizenga).En très peu de temps, Pierre Mulele prend le contrôle de grandes zones rurales du Kwilu.
Le 29 septembre 1963, le président Kasa-Vubu dissout le Parlement. Le 3 octobre 1963, les députés et cadres lumumbistes, qui contestent la décision du président Kasa-Vubu, créent le CNL ( Conseil National de Libération) et s’installent à Brazzaville. Christophe Gbenye, l’ancien ministre de l’intérieur du gouvernement Lumumba est le président du CNL.
Gaston Soumialot et Laurent-Désiré Kabila lancent la rébellion à l’Est
Au début de 1964, deux cadres du CNL, mandatés par Gbenye, quittent Brazzaville et atterrissent à Bujumbura au Burundi. Il s’agit de Gaston Sumaili dit Soumialot et de Laurent-Désiré Kabila. Au mois d’avril de la même, les deux camarades lancent la rébellion de Simbas (Les lions) en prenant le contrôle de la région d’Uvira-Fizi. C’est la débandade dans le camp des militaires loyalistes. En quelques mois, le CNL-Est (la rébellion de Mulele au Kwilu était appelée CNL-Ouest), prend le contrôle du Kivu (sauf la ville de Bukavu), le Nord-Katanga, le Sankuru et la Province Orientale.
Le président Kasa-Vubu et le général Mobutu font recours à Moïse Tshombe
Dépassés par les événements, le président Kasa-Vubu et son commandant en chef de l’armée, le général Joseph-Désiré Mobutu, vont faire appel à Moïse Tshombe, l’ancien sécessionniste qui était parti en exil en Espagne après la neutralisation militaire de sa gendarmerie katangaise et ses mercenaires occidentaux par les casques bleus de l’ONUC (Opération des Nations-Unies au Congo) en janvier 1963. Moïse revient donc à Kinshasa au mois de juin 1964. Le 11 juillet, le président Kasa-Vubu le nomme Premier ministre. Moise Tshombe proclame sa volonté de négocier avec les rebelles.
Le premier ministre Tshombe libère Antoine Gizenga
En guise de bonne foi, il libère Antoine Gizenga de la prison de Bula-Mbemba. Et fait le tour de Kinshasa en montrant Antoine Gizenga à la population qui acclame celui que les nationalistes considèrent comme l’héritier spirituel et politique de Patrice Lumumba. A peine sorti de prison, Antoine Gizenga crée le 22 août 1964 le PALU (Parti Lumubiste Unifié). Quelle orientation ce parti va-t-il prendre ? Collaborer avec Moïse Tshombe, l’homme qui vient de le sortir de prison ? Ou soutenir les rebelles (Mulele, Gbenye et les autres) qui se réclament tous de lui ?
Thomas Luhaka Losendjola (Ancien Président de l’Assemblée Nationale, ancien ministre et Chercheur Indépendant)

