Le débat sur un éventuel changement de la Constitution continue d’animer la scène politique congolaise. Député national et membre de l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), Michel Moto estime que la majorité des élus de son parti soutiennent déjà cette démarche, malgré l’absence d’une position officielle de la formation politique dirigée par Vital Kamerhe.
« Le parti n’a pas encore pris position. Mais la plupart des députés de l’UNC sont d’accord pour ce changement. Lorsque notre base nous pousse à soutenir cette position, moi je représente la base », a-t-il déclaré.
L’élu de Walikale affirme agir conformément au mandat que lui ont confié ses électeurs, sans attendre une orientation formelle de son parti.
« En attendant que le parti se prononce, nous devons nous assumer. Nous avons une base derrière nous. Qu’est-ce que nous allons dire à la base ? Attendez que le parti se réunisse un jour ? Non. Moi, j’ai agi pour la nation. Mon mandat n’attend pas que le parti me dise ce que je dois faire », a-t-il soutenu.
Michel Moto rappelle par ailleurs que l’UNC demeure membre de l’Union sacrée de la nation et qu’aucune instruction contraire n’a été donnée par la direction du parti.
« Je suis membre personnel de l’Union sacrée derrière le chef de l’État, et mon parti est membre de l’Union sacrée. Vous verrez bientôt que ce parti prendra position et qu’il n’y aura aucune contradiction », a-t-il assuré.
Le député national considère que le silence observé jusqu’ici par Vital Kamerhe et par l’UNC ne traduit aucune opposition au processus.
« Qui ne dit mot consent. Le jour où vous verrez une communication contraire, vous reviendrez. Mais pour le moment, neuf députés de l’UNC sur dix sont d’accord dans ce processus. La preuve : nous avons participé et voté pour la loi sur le référendum. Aucun député de l’UNC n’est sorti de la salle », a-t-il affirmé.
Selon lui, ceux qui espèrent une rupture entre l’UNC et l’Union sacrée se trompent.
« Nous sommes dans l’Union sacrée avec le président de l’UNC qui n’a donné aucun mot contraire. Nous sommes là et nous allons continuer, derrière le chef de l’État, derrière le gouvernement, pour le bien-être de nos populations », a-t-il déclaré.
Michel Moto justifie son soutien à une réforme constitutionnelle par ce qu’il considère comme les limites du système institutionnel actuel.
« Nous sommes dans une situation d’institutions budgétivores. Il faut voir comment doter nos forces armées des moyens adéquats. Il y a la question des provinces, des institutions qui s’entrechoquent, et la décentralisation qui n’a pas abouti après vingt ans. La rétrocession n’a pas eu lieu », a-t-il expliqué.
Le député estime que la Constitution actuelle est à l’origine de plusieurs dysfonctionnements de l’État.
« Je suis pour le changement de la Constitution, parce que cette Constitution porte en elle-même les germes de notre inefficacité. On ne peut pas gagner une guerre moderne avec des institutions taillées pour une transition post-conflit », a-t-il déclaré.
Il lie également cette réforme à la question de la souveraineté nationale et de la sécurité du pays.
« Ça fait trente ans que notre pays est sous le joug d’un pays voisin. Ça fait trente ans que nous subissons des atrocités : viols, meurtres, déplacements de populations. Ça se chiffre en millions. Nous devons mettre fin à cela. Et pour que ça s’arrête, il faut changer la Constitution. Il nous faut une Constitution écrite par des patriotes, par des Congolais qui veulent que le Congo redevienne le Congo », a-t-il affirmé.
Pour Michel Moto, la voie du référendum constitue le cadre approprié pour permettre au peuple de se prononcer directement sur la question.
« Je souligne la nécessité d’organiser un référendum pour donner au peuple l’opportunité de s’exprimer directement. C’est quelque chose qui est prévu dans notre Constitution. Ce n’est pas une violation. Aucun article de la Constitution n’est violé lorsqu’on parle d’un référendum constitutionnel », a-t-il soutenu.
Le député a également défendu le bilan démocratique de la RDC.
« La RDC est le pays le plus démocratique d’Afrique centrale. Nous avons assuré plusieurs alternances, des élections régulières, un contrôle populaire citoyen à travers la société civile, les églises, une presse très libre et une opposition politique qui peut faire des choses qui ne se font pas dans certains pays voisins », a-t-il déclaré.
Selon lui, une réforme constitutionnelle permettrait également de réduire certaines dépenses publiques et de réaffecter les ressources vers des secteurs prioritaires.
« Si la Constitution change, des milliards seront retrouvés pour être consacrés au social des Congolais : les écoles, les hôpitaux, l’enseignement. Il y a des institutions budgétivores. Il y a des articles qui ne sont même pas d’application. Si on arrive à rétrécir la taille de l’État, toutes ces dépenses pourront être affectées à autre chose », a-t-il expliqué.
Enfin, Michel Moto a rejeté l’idée selon laquelle la révision ou le changement de la Constitution constituerait un sujet interdit.
« La révision ou le changement de Constitution n’est pas un tabou. Ce n’est pas interdit. Personne ne doit dire aux Congolais qu’il est interdit de changer de Constitution. C’est faux. Juridiquement, politiquement, c’est faux. Le régime passé a modifié cette Constitution au moins deux fois. Nous, nous venons simplement demander à la population de se prononcer », a-t-il déclaré.
Le député national a également critiqué ceux qui, selon lui, sollicitent l’appui du Rwanda dans le débat politique congolais.
« Ceux qui se battent pour la démocratie en RDC mais qui vont demander le soutien de Paul Kagame pour les aider, alors que Kagame n’est pas un démocrate et son pays n’est pas un pays démocratique, doivent se remettre en question. Nous imposer le schéma de Kigali ici à Kinshasa, je ne trouve pas ça correct, ni pour la nation, ni pour le peuple congolais », a-t-il conclu.
Tenplar Ngwadi
