Le président du parti Engagement pour la citoyenneté et le développement (ECiDé), Martin Fayulu, a multiplié les déclarations sur la crise politique et sécuritaire en République démocratique du Congo, à l’occasion d’un échange en direct sur LiveSpaceX animé par le journaliste Stanis Bujakera.
Au cours de cette intervention, l’opposant a vivement mis en cause le président Félix Tshisekedi, qu’il accuse d’être à l’origine de la crise actuelle.
« Tshisekedi est au pouvoir grâce à M. Kagame, et vous le savez. Tshisekedi a amené M. Kagame ici, il lui a donné tout ce qu’il devait lui donner. C’est Tshisekedi qui nous a mis dans cette situation. Quelle est la cause fondamentale de la crise actuelle ? Pourquoi sommes-nous dans cette crise ? Si Tshisekedi n’avait pas accepté de prendre l’offre ou le deal avec Kabila, en serions-nous ici aujourd’hui ? Vous n’avez pas gagné l’élection avec 15 %. Kagame a dit que Fayulu est imbuvable et donc je vais prendre Tshisekedi parce qu’il est avec moi depuis… », a-t-il déclaré.
Martin Fayulu a également annoncé que les leaders de l’opposition congolaise se rendront ce samedi au Burundi à l’invitation du président Évariste Ndayishimiye.
Selon lui, cette initiative s’inscrit dans la recherche d’une solution politique à la crise que traverse le pays.
« C’est le mode opératoire dans toute organisation humaine. Là où les humains sont, quand il y a une crise, il n’y a pas d’autre moyen de résoudre cette crise : les gens doivent se parler. La loi référendaire, c’est une crise supplémentaire que monsieur Tshisekedi est venu nous imposer. Il n’était pas là quand on demandait le dialogue, il n’y avait pas de loi référendaire. C’est comme ça que nous avons accepté qu’il aille jusqu’en 2028, malgré l’usurpation de pouvoir. Maintenant qu’il dit qu’il faut changer de Constitution, qu’il faut le troisième mandat, c’est comme ça que nous demandons sa démission », a-t-il affirmé.
Le président de l’ECiDé a toutefois estimé que, même en cas de retrait des dispositions contestées de la loi référendaire, un dialogue resterait indispensable.
« Le dialogue a pour objectif principal d’analyser les causes profondes, structurelles, internes et externes de la crise congolaise, afin d’apporter ensemble des solutions pour que le pays aille de l’avant. Si l’annonce qu’il ne va pas se présenter tombe, est-ce que pour autant la guerre sera terminée ? Non », a-t-il soutenu.
Martin Fayulu a également affirmé que des discussions se poursuivaient entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 dans le cadre du processus de Doha.
« Sachez que Tshisekedi et Kagame discutent, même par personnes interposées, c’est-à-dire l’AFC et le M23, à Doha. Le binôme Tshisekedi-gouvernement d’un côté, AFC-M23 de l’autre, discutent, trouvent un compromis, et les deux camps viennent l’imposer à l’opposition congolaise et à la société civile congolaise », a-t-il déclaré.
L’opposant a réitéré son appel à un « processus de Kinshasa », qu’il présente comme une alternative aux initiatives en cours.
« Nous, ce que nous avons dit, il faut le processus de Kinshasa. Le processus de Kinshasa, c’est-à-dire que ça peut se tenir à Kinshasa, à Luanda, à Brazzaville, partout, et peu importe. Mais ça s’appelle le processus de Kinshasa. On arrête le processus de Doha, on arrête tous les autres processus, et on se dit : les enfants du Congo se mettent autour d’une table, autour de leur père spirituel, et discutent des causes profondes de la crise de leur pays, et trouvent des solutions », a expliqué Martin Fayulu.
Interrogé sur les participants à ce dialogue, il a indiqué n’exclure aucun acteur.
« Je n’exclus ni Kabila, ni le M23, ni l’AFC. (…) Il faut que tout le monde soit là. Y compris Kabila », a-t-il déclaré, tout en précisant : « Le M23 n’est pas une opposition. Ce sont des gens qui se sont rebellés, ils ont pris les armes. »
Selon lui, un dialogue national inclusif est nécessaire afin d’éviter une aggravation de la crise.
« Comprenez-moi bien, le dialogue national inclusif veut dire tous les enfants du Congo. (…) Ceux qui sentent qu’ils ont quelque chose à donner, qu’ils donnent », a-t-il insisté.
Martin Fayulu a enfin réaffirmé son opposition à toute modification de la Constitution.
« Il n’y a pas d’opposition armée, mais plutôt une rébellion. Je dis qu’on change de Constitution par coup d’État. (…) Aucune Constitution ne prévoit son changement », a-t-il conclu.
Keno M.
