Le débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution continue de susciter de vives réactions en République démocratique du Congo. Dans une déclaration rendue publique à la suite des discussions engagées au Parlement sur une proposition de loi relative au référendum, le Prix Nobel de la Paix Denis Mukwege a exprimé son opposition catégorique à toute initiative visant à modifier la Constitution du 18 février 2006.
Pour l’ancien candidat à l’élection présidentielle, le contexte actuel ne justifie en aucun cas l’ouverture d’un tel débat. Il estime que la priorité nationale devrait être accordée aux défis sécuritaires, humanitaires et sanitaires auxquels le pays est confronté, notamment l’insécurité persistante dans l’Est du pays et l’épidémie d’Ebola qui touche plusieurs provinces.
Denis Mukwege s’interroge sur la pertinence d’un débat constitutionnel alors que des millions de Congolais vivent dans des zones affectées par les conflits armés, les déplacements de populations et la précarité alimentaire. Selon lui, l’urgence réside dans la restauration de la paix, de l’autorité de l’État et de la cohésion nationale.
Le Prix Nobel de la Paix rappelle également que la Constitution congolaise comporte des dispositions qu’il considère comme protectrices de l’alternance démocratique. Il cite notamment les articles 219 et 220, qui encadrent strictement les possibilités de révision constitutionnelle et protègent les dispositions relatives au nombre et à la durée des mandats présidentiels.
Dans son message, Denis Mukwege dénonce ce qu’il qualifie de risque de confiscation du pouvoir et met en garde contre les conséquences institutionnelles et politiques d’une telle démarche. Il appelle les responsables politiques à privilégier les réformes de gouvernance et les réponses aux préoccupations quotidiennes des citoyens plutôt que l’ouverture d’un chantier constitutionnel controversé.
L’ancien médecin de Panzi interpelle également les élus des provinces de l’Est, particulièrement touchées par l’insécurité, les invitant à concentrer leurs efforts sur la défense des intérêts des populations confrontées aux violences, aux déplacements forcés et aux crises sanitaires.
À travers cet appel, Denis Mukwege lance un plaidoyer en faveur du respect de l’ordre constitutionnel et invite les Congolais à demeurer vigilants face à toute initiative susceptible, selon lui, d’affecter les fondements démocratiques du pays.
Le débat sur la réforme constitutionnelle reste ainsi l’un des sujets politiques les plus sensibles du moment en RDC, dans un contexte marqué par de multiples défis sécuritaires, économiques et humanitaires.Fin mai, la Commission politique, administrative et juridique (PAJ) de l’Assemblée nationale a examiné en procédure accélérée une proposition de loi initiée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy. Ce texte donne au Chef de l’État le pouvoir exclusif de convoquer un référendum par ordonnance.
Magloire Mutulwa
