À l’approche de la 31e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP31), prévue du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie, l’analyste des politiques publiques sur le changement climatique Isidore Kwandja Ngembo appelle la République démocratique du Congo à adopter une diplomatie climatique plus offensive afin de valoriser son immense potentiel environnemental et transformer celui-ci en moteur de développement.
Dans une réflexion consacrée à l’avenir de la diplomatie climatique congolaise, il estime que la prochaine conférence internationale doit constituer un tournant stratégique pour la RDC. Selon lui, le pays doit passer d’un statut de victime de la pauvreté à celui de puissance environnementale capable d’obtenir une rémunération à la hauteur de sa contribution à la lutte mondiale contre le changement climatique.
L’analyste rappelle que la RDC dispose d’atouts écologiques exceptionnels. Le pays abrite les deux tiers des forêts du bassin du Congo et détient 75 % des tourbières de cette région, notamment dans la Cuvette centrale. Ces écosystèmes représentent l’un des plus importants réservoirs de carbone au monde, avec près de 30 gigatonnes de carbone stockées.
Pour Isidore Kwandja Ngembo, cette richesse naturelle contraste avec la situation socio-économique des populations. Il décrit la RDC comme le « pays des paradoxes », caractérisé par un écart important entre l’immensité de son capital naturel et la persistance de la pauvreté au sein de nombreuses communautés locales.
Selon son analyse, la valeur globale des services écosystémiques rendus par les forêts du bassin du Congo est estimée à environ 1 152 milliards de dollars américains. Pourtant, les retombées économiques réellement captées par les pays de la sous-région demeurent limitées.
Face à cette situation, l’analyste voit dans la Nouvelle Économie du Climat, initiée par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, une opportunité de transformer les ressources forestières et environnementales du pays en levier de croissance économique. Cette stratégie vise notamment à obtenir davantage de financements internationaux et à faire du capital naturel un facteur de développement au bénéfice des populations.
Les projections évoquées dans son analyse indiquent que le marché des crédits carbone pourrait générer plus de cinq milliards de dollars pour l’économie congolaise. Toutefois, il souligne que ce potentiel reste largement sous-exploité, la RDC ne disposant pas encore d’un marché national réglementé du carbone et opérant essentiellement à travers des mécanismes volontaires et des transactions bilatérales.
À titre comparatif, il relève que le marché du carbone au Brésil est déjà évalué à plus de 2,7 milliards de dollars et pourrait atteindre jusqu’à 25 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie, avec des revenus estimés entre 70 et 100 milliards de dollars d’ici à 2030.
Pour permettre à la RDC de mieux défendre ses intérêts lors de la COP31, Isidore Kwandja Ngembo propose trois axes prioritaires. Le premier consiste à exiger un prix plancher pour les crédits carbone et à mettre en place un marché national réglementé capable de valoriser correctement les services écosystémiques du pays.
Le deuxième axe vise à relier directement les revenus issus du carbone au Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T), afin que les financements générés contribuent à la construction d’écoles, de centres de santé, de réseaux d’eau potable et d’infrastructures rurales.
Enfin, il appelle la RDC à renforcer son leadership au sein des grands bassins forestiers mondiaux en consolidant les mécanismes de coopération avec les autres pays disposant d’importantes réserves forestières, dans le but d’obtenir des financements multilatéraux proportionnels à leur contribution à la séquestration du carbone.
Pour l’analyste, l’enjeu dépasse la seule question environnementale. Il s’agit également d’un combat pour la souveraineté économique et la justice climatique. Selon lui, la RDC doit désormais se présenter sur la scène internationale comme un acteur central de la transition écologique mondiale et faire reconnaître la valeur stratégique de ses ressources naturelles.
« La RDC ne doit plus se présenter aux sommets climatiques mondiaux comme un demandeur d’aide, mais comme un créancier de la planète », soutient Isidore Kwandja Ngembo, qui estime que l’articulation entre la Nouvelle Économie du Climat et le Programme de Développement Local des 145 territoires pourrait contribuer à réduire durablement le décalage entre richesse environnementale et pauvreté sociale.
Tenplar Ngwadi
