Une “libération” présentée comme un projet soutenu de l’extérieur, relève l’analyste français Jean-François Le Drian, spécialisé en économie, géopolitique et relations internationales. Près de trois décennies après la chute du régime du Maréchal Mobutu, certaines analyses continuent de remettre en question le récit officiel de la prise du pouvoir par l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) le 17 mai 1997.
Selon cette lecture géopolitique, les Congolais n’auraient pas été les véritables initiateurs souverains de cette “libération”, mais auraient surtout servi de force humaine dans un projet stratégique conçu à l’extérieur du pays. Les auteurs de cette thèse estiment qu’à la fin de la Guerre froide, le président Mobutu Sese Seko était devenu un allié encombrant pour les États-Unis, notamment en raison de l’affaiblissement de son régime et de la perte de son rôle stratégique dans le contexte international. Ils soutiennent que l’administration américaine de l’époque aurait favorisé l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants africains, citant notamment Paul Kagame, Yoweri Museveni et Laurent-Désiré Kabila.
L’AFDL et le rôle présumé du Rwanda
L’analyse affirme également que l’AFDL aurait été largement soutenue sur le plan militaire par le Rwanda, avec le général James Kabarebe présenté comme l’un des principaux stratèges des opérations militaires. Selon ce récit, plusieurs combattants banyamulenge et banyarwanda auraient été recrutés, formés et armés par l’Armée patriotique rwandaise dès le milieu des années 1990. L’auteur évoque notamment le soulèvement banyamulenge du 31 août 1996, qu’ils considèrent comme une rébellion encouragée depuis Kigali dans le cadre de la préparation de l’offensive contre le régime de Mobutu. Ils soutiennent aussi que des éléments banyamulenge ayant participé à la guerre du Front patriotique rwandais entre 1990 et 1994 seraient revenus au Zaïre avec une formation militaire et des armes.
Des accusations d’ingérence américaine
Cette analyse évoque également un soutien logistique et militaire américain au Rwanda durant la période précédant la chute de Mobutu. L’analyste cite notamment des formations assurées en 1996 par des membres des forces spéciales américaines auprès de soldats rwandais au camp de Gabiro, au Rwanda. Il évoque également des opérations de coopération militaire entre Washington et l’armée rwandaise, tout en rappelant que les autorités américaines ont toujours nié avoir participé directement aux opérations militaires menées au Congo.
“Néocolonialisme moderne”
Pour les défenseurs de cette thèse, les événements de 1996 et 1997 illustreraient une forme de “néocolonialisme moderne”, dans laquelle des acteurs locaux et régionaux auraient été utilisés pour servir des intérêts géopolitiques et géo-économiques liés notamment aux ressources minières de l’Est du Congo. Ils estiment que le discours autour de la “libération” aurait masqué des réalités beaucoup plus complexes, notamment les massacres de réfugiés, les violences de masse, les pillages des ressources naturelles et l’installation durable d’influences étrangères dans l’Est de la RDC.
Le débat sur la souveraineté congolaise relancé
Cette lecture critique considère enfin que les frustrations actuelles en RDC trouvent leur origine dans l’absence de règlement durable de la question de la souveraineté nationale face aux intérêts extérieurs. Pour ces analystes, le débat autour du 17 mai 1997 devrait dépasser les célébrations symboliques afin d’interroger les mécanismes géopolitiques ayant accompagné la chute du régime Mobutu et les conséquences régionales qui en ont découlé.
La Gazette du Continent
