Les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par les résistants Wazalendo, ont repris dimanche 18 janvier dernier le contrôle de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Cette reprise fait suite au retrait des éléments de la Force Politicomilitaire de l’Alliance Fleuve Congo/M23, un départ que plusieurs organisations de défense des droits humains qualifient de « précipité et non sécurisé ».
Dans un rapport publié ce jeudi 22 janvier 2026, la Convention pour le respect des droits humains (CRDH), Action pour les droits humains (APDH) et la Diaspora plurielle congolaise (DPC) estiment que le retrait de l’AFC-M23 a plongé Uvira dans un vide sécuritaire « total », exposant la population civile à de graves exactions.
Lors d’une conférence de presse tenue à Goma, Jean-Paul Ngahangondi, représentant de la CRDH, a dressé un tableau sombre de la situation.
« Abandonnés par ceux qui devraient les protéger. Abandonnés par des décisions politiques prises loin du terrain. Abandonnés à la loi des armes, de la haine et de l’impunité », a-t-il déclaré.
Selon ce consortium, depuis le retour de l’armée congolaise et de ses supplétifs, une dizaine de civils auraient été tués, tandis que plusieurs personnes seraient portées disparues après leur arrestation. Les organisations pointent du doigt des groupes armés locaux opérant dans la ville.
« Les exactions continuent. Même hier, une dame a été abattue en plein air », a affirmé Jean-Paul Ngahangondi, qualifiant la situation d’« une jungle organisée ». Les ONG préviennent que le silence face à ces violations enverrait un message dangereux aux milices : « Vous pouvez tuer sans conséquence ».
Elles appellent ainsi à une justice urgente pour Uvira, estimant que la gestion actuelle de cette crise peut constituer un tournant décisif vers la protection des civils et une paix durable en République démocratique du Congo.
De leur côté, les autorités provinciales du Sud-Kivu livrent une lecture plus rassurante de la situation. Le gouverneur Jean-Jacques Purusi a confirmé, mardi 20 janvier, lors de son intervention dans l’émission Dialogue entre Congolais sur Radio Okapi, que la vie a repris son cours normal à Uvira après le retrait des troupes de l’AFC/M23, soutenues par l’armée rwandaise.
Selon le chef de l’exécutif provincial, les forces loyalistes contrôlent désormais pleinement la ville, ouvrant la voie au rétablissement effectif de l’autorité de l’État. Il a également annoncé l’installation imminente du gouvernement provincial à Uvira afin de coordonner la stabilisation sécuritaire, administrative et humanitaire.
Dans cette dynamique, les autorités locales ont déjà fait leur retour sur le terrain. Le maire de la ville est entré officiellement à Uvira dans le cadre d’une mission provinciale, accompagné d’un cortège sécurisé comprenant notamment des véhicules de la Police militaire et des unités d’escorte. Cette mission vise à évaluer la situation sécuritaire, économique et humanitaire après les récents affrontements, en attendant l’arrivée annoncée du gouverneur.
Profitant de sa sortie médiatique, Jean-Jacques Purusi a lancé un appel pressant aux déplacés internes et aux réfugiés ayant fui vers le Burundi et la Tanzanie.
« La situation est sous contrôle. Nous appelons nos frères et sœurs à revenir pour reconstruire ensemble notre entité », a-t-il déclaré.
Parallèlement, à Kinshasa, le gouvernement central, sous la direction de la Première ministre Judith Suminwa, multiplie les réunions stratégiques pour organiser une réponse humanitaire et sécuritaire adaptée à la situation dans cette partie du Sud-Kivu.
Il convient de rappeler que les éléments de l’AFC/M23 ont eux-mêmes filmé leur départ d’Uvira le 17 janvier. Sur ces images diffusées publiquement, une colonne de combattants affirme avoir assuré « la sécurisation de la ville et de sa population », selon leur porte-parole Lawrence Kanyuka. Le groupe armé avait pris le contrôle d’Uvira le 10 décembre avant d’annoncer son retrait, dès le 15 décembre, « sur demande ». Alors qu’autorités et organisations de défense des droits humains livrent des lectures divergentes de la situation, l’avenir immédiat d’Uvira dépendra de la capacité des forces de sécurité à protéger efficacement les civils et à restaurer durablement la confiance de la population.
Magloire MUTULWA
