La Cour des comptes hausse le ton contre la mauvaise gestion des finances publiques. Le Premier président de la Cour des comptes, Jimmy Munganga, a lancé, mercredi 13 mai 2026, une sévère mise en garde aux gestionnaires publics impliqués dans des pratiques irrégulières dans l’exécution des finances de l’État.
Dans une communication conjointe avec le Procureur général près la Cour des comptes, Guy Tshipata, l’institution a affirmé sa détermination à renforcer le contrôle des finances publiques et à poursuivre les auteurs présumés de détournements, de fraudes et de « gestion de fait ». Le Premier président a rappelé que la redevabilité constitue un pilier essentiel de la bonne gouvernance et de l’État de droit financier en République Démocratique du Congo.
Des audits lancés sur la chaîne des dépenses publiques
La Cour des comptes a annoncé l’ouverture d’un audit sur la chaîne de la dépense publique afin d’évaluer la coordination entre le ministère des Finances et celui du Budget dans l’exécution des dépenses de l’État.
Selon le Premier président, les deux ministères jouent un rôle central dans la gestion budgétaire à travers le plan de trésorerie et le plan d’engagement budgétaire.
L’objectif de cet audit est notamment de vérifier l’harmonie entre ces mécanismes de gestion. L’institution judiciaire a également dénoncé le retard récurrent du Gouvernement dans la transmission des projets de loi portant reddition des comptes, une situation qui empêche la Cour d’exercer efficacement son contrôle sur l’exécution budgétaire.

Les ordonnateurs accusés de ne pas respecter leurs obligations légales
La Cour des comptes déplore le non-respect persistant des obligations de transmission des situations trimestrielles des dépenses et des recettes par les ordonnateurs du pouvoir central. Malgré plusieurs rappels, ces documents essentiels au suivi de l’exécution budgétaire n’ont toujours pas été transmis à l’institution de contrôle. La Cour estime que cette absence de transmission compromet sérieusement la transparence dans la gestion des ressources publiques et limite les mécanismes de vérification de la régularité des opérations financières de l’État.
Des pratiques « proches de la fraude » dans les régies financières
Concernant les régies financières, la Cour des comptes a salué les efforts réalisés dans la transmission des situations générales des recettes. Cependant, elle a dénoncé des pratiques jugées préoccupantes, notamment l’accumulation des restes à recouvrer qui risquent de faire perdre à l’État ses droits financiers. Face à cette situation, des audits ont été lancés au sein de la Direction Générale des Impôts (DGI)et de la Direction Générale des Recettes Administratives, Judiciaires, Domaniales et de Participations (DGRAD) afin d’examiner la gestion des créances publiques.
Dépenses sans justificatifs et détournements présumés
Les premières vérifications menées sur les comptabilités mensuelles des comptables publics révèlent, selon la Cour, de graves irrégularités. L’institution évoque notamment des dépenses exécutées sans pièces justificatives régulières ; des sorties de fonds non enregistrées dans les livres comptables ; des opérations réalisées à l’insu des comptables publics ; ainsi que des manipulations irrégulières de comptes publics par certains ministres et gouverneurs.
La Cour affirme également avoir identifié des cas présumés de détournements de deniers publics dissimulés derrière des reports injustifiés d’encaisses. Ces pratiques pourraient être qualifiées de « gestion de fait », une infraction qui concerne toute personne manipulant des fonds publics en dehors des procédures légales.
Plusieurs gouverneurs déjà visés par des dossiers
La Cour des comptes indique être déjà saisie de plusieurs dossiers présumés de gestion de fait impliquant notamment les gouverneurs des provinces du Maniema, du Sud-Ubangi et du Kongo Central. D’autres dénonciations visant des ministres et autorités provinciales sont actuellement en examen au niveau du Parquet général et du siège de la Cour des comptes.
Le Premier président a insisté sur le fait qu’« il n’existe ni immunité ni privilège en matière de gestion de fait ».
Les entreprises publiques également dans le collimateur
La Cour des comptes examine actuellement les états financiers des entreprises du portefeuille de l’État et des établissements publics. Des investigations sont en cours pour identifier d’éventuelles fautes de gestion pouvant engager la responsabilité personnelle des dirigeants devant la Chambre de discipline budgétaire et financière. L’institution prévient que les mandataires publics qui persistent à ne pas transmettre les documents financiers exigés par la loi s’exposent à des sanctions pouvant aller jusqu’à des propositions de destitution. Pour la Cour, les entreprises publiques doivent cesser d’être des foyers de contre-performance et devenir de véritables leviers de croissance économique et de développement national.
La Cour promet une lutte sans concession contre l’impunité financière
Le Premier président a réaffirmé l’engagement de la Cour des comptes à poursuivre sa mission avec indépendance, impartialité et rigueur. L’institution entend contribuer à la moralisation de la gestion publique, à la consolidation de l’État de droit financier et à la lutte contre l’impunité dans la gestion des ressources de l’État.
La Gazette du Continent
