Les activités socio-économiques ont été fortement perturbées, jeudi 14 mai, dans plusieurs quartiers de Beni, chef-lieu provisoire de la province du Nord-Kivu. Cette paralysie fait suite à un appel lancé la veille par des jeunes issus de mouvements citoyens à une journée dite « ville morte », accompagnée de l’annonce d’une marche de colère contre la persistance de l’insécurité et des tueries de civils dans la région.
Dès les premières heures de la matinée, plusieurs artères ont été bloquées par des barricades, notamment sur l’axe routier Beni–Mangina, vers Kasanga-Tuha, ainsi que dans différents quartiers des communes de Mulekera et Bungulu. Des jeunes issus notamment de la Véranda Mutsanga, de la LUCHA et de la Génération Z de Beni ont appelé à une mobilisation pour dénoncer la poursuite des violences armées dans la ville et ses environs.
La marche annoncée a effectivement eu lieu, dans un contexte marqué par un important déploiement des forces de l’ordre décidé par le comité urbain de sécurité afin de prévenir tout débordement et de maintenir l’ordre public. Des détonations ont été entendues dans la zone de Muloku aux environs de 8 heures, provoquant un mouvement de panique au sein de la population.
Selon des témoignages recueillis sur place, ces coups de feu auraient été tirés par la police, entraînant la dispersion des habitants qui se sont précipités pour se mettre à l’abri.
Sur le plan économique, les marchés de Beni ont présenté un visage inhabituel. Les étals sont restés fermés et les allées désertes, traduisant un arrêt quasi total des activités commerciales dans plusieurs quartiers de la ville. Les structures commerciales sont demeurées inoccupées, confirmant l’impact de la journée « ville morte » sur l’économie locale.
La circulation routière a également été perturbée. Si certains axes du centre-ville sont restés relativement accessibles, plusieurs conducteurs ont signalé des difficultés de déplacement dans différents quartiers au cours de la matinée.
En réaction à cette situation, la société civile de Beni a indiqué qu’aucune journée « ville morte » n’avait été officiellement programmée pour ce jeudi 14 mai. Elle a appelé la population au calme et à vaquer librement à ses occupations. Cette position a été confirmée par la coordination urbaine de la société civile, qui affirme ne pas avoir été associée à cette mobilisation initiée par des mouvements citoyens et largement relayée sur les réseaux sociaux.
Cette tension intervient dans un contexte sécuritaire déjà préoccupant. Le dimanche 10 mai, une femme identifiée comme Mbambu Katina Fazila a été abattue par des hommes armés dans la cellule verte du quartier Butsili, commune de Mulekera. Les assaillants avaient ouvert le feu avant de prendre la fuite, dans ce qui serait la deuxième tentative d’attaque contre la victime.
Par ailleurs, la ville a récemment été secouée par la découverte du corps sans vie d’un conducteur de moto-taxi sur l’axe Beni–Nyakele, en direction de Mayangose. En réaction à cette insécurité persistante, des conducteurs de motos-taxis avaient brièvement manifesté en érigeant des barricades au rond-point du 30 Juin, perturbant la circulation dans plusieurs zones du centre urbain.
Keno M.
