Lancée fin 2021, l’opération militaire conjointe dite « Shujaa », menée par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’Uganda People’s Defence Force (UPDF), visait à neutraliser les Forces démocratiques alliées (ADF), responsables de nombreuses violences dans l’est de la République démocratique du Congo.
Plus de quatre ans après son lancement, son efficacité continue de susciter débats et interrogations au sein de l’opinion publique et de la société civile.
Sur le terrain, les opérations ont permis la destruction de plusieurs bastions rebelles et la libération de centaines d’otages, selon diverses sources sécuritaires et rapports d’organisations de recherche comme Ebuteli. Toutefois, la menace des ADF demeure persistante, caractérisée par une mobilité accrue des combattants et une dispersion en petits groupes actifs dans plusieurs zones du Nord-Kivu et de l’Ituri.
Certaines voix s’élèvent pour demander une réévaluation stratégique de ces opérations. C’est le cas de Christophe Munyanderu, activiste au sein de l’Association pour la promotion des droits des enfants et la protection des femmes vulnérables (APDEF). Dans une analyse rendue publique, il estime que « la responsabilité des résultats des opérations Shujaa est partagée entre les deux armées engagées », appelant à une approche plus concertée.
Le défenseur des droits humains souligne que la présence de l’armée ougandaise en territoire congolais répondait initialement à un besoin d’appui opérationnel, notamment face à un déficit d’effectifs des FARDC. « Le gouvernement congolais a fait appel aux UPDF pour appuyer les FARDC, et non pour s’y substituer », rappelle-t-il, évoquant une décision relevant des autorités nationales.
Toutefois, la poursuite de cette coopération militaire fait débat. Plusieurs acteurs politiques et sociaux réclament le retrait des troupes ougandaises, estimant que les résultats obtenus restent insuffisants face à la persistance des attaques. D’autres, à l’instar de Christophe Munyanderu, mettent en garde contre un retrait précipité. « Avant de demander leur départ, il faut évaluer si les conditions qui ont justifié leur présence ont réellement changé », affirme-t-il.
Selon lui, une telle décision pourrait comporter des risques sécuritaires, notamment celui de voir les ADF reprendre leurs anciens bastions. « Si les UPDF se retirent sans que les capacités opérationnelles nationales soient renforcées, il existe un risque réel de résurgence de l’ennemi dans les zones reconquises », prévient-il.
Par ailleurs, l’activiste appelle à une évaluation globale et inclusive des opérations Shujaa. Il recommande la mise en place d’un cadre réunissant autorités congolaises et ougandaises, ainsi que des acteurs politiques et de la société civile, afin d’identifier les failles et d’adapter les stratégies militaires. « Il est nécessaire de revoir les tactiques de poursuite de l’ennemi et d’améliorer les mécanismes de suivi », plaide-t-il.
Cette réflexion intervient dans un contexte sécuritaire toujours préoccupant dans l’est du pays, marqué par des attaques récurrentes contre des civils. Les ADF, affiliés à l’organisation État islamique selon plusieurs sources internationales, continuent d’étendre leur zone d’action, notamment vers certaines localités de l’Ituri.
De leur côté, les autorités congolaises et ougandaises n’ont pas encore communiqué officiellement sur une éventuelle réorientation des opérations ou sur un calendrier de retrait des troupes étrangères. Néanmoins, des déclarations récentes de responsables militaires ougandais évoquant un possible désengagement ont contribué à alimenter les spéculations. Le débat reste ouvert entre impératif de souveraineté nationale, nécessité d’efficacité militaire et protection des populations civiles, dans une région où la stabilisation demeure un défi majeur.
Magloire Mutulwa
