Le dialogue pour renforcer la cohésion nationale, sans interrompre les processus de Washington et Doha. Le gouvernement congolais affirme que le futur dialogue national annoncé par le président Félix Tshisekedi ne remplacera ni les négociations de Washington avec le Rwanda ni les pourparlers de Doha avec les représentants du M23/AFC. Selon le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, ces différents cadres poursuivent des objectifs complémentaires.
Le processus de Washington vise à mettre fin à l’agression extérieure et à obtenir le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, tandis que les discussions de Doha concernent les supplétifs du Rwanda. Le dialogue national, lui, aura pour mission de consolider le front intérieur et de renforcer la cohésion nationale. Le président de la République prendra prochainement une ordonnance fixant les modalités d’organisation de ces assises. Les termes de référence, la méthodologie ainsi que la composition des participants seront communiqués progressivement.
Une inclusivité conditionnée par le rejet clair de l’agression
Patrick Muyaya a insisté sur le fait que l’inclusivité ne signifie pas l’absence de conditions. Selon lui, tous les Congolais souhaitant participer devront afficher clairement leur opposition à l’agression dont la RDC est victime. Il estime que des compatriotes demeurent encore ambigus ou complices des groupes soutenus par Kigali.
Le ministre a cité les exemples de Martin Fayulu et du prix Nobel Denis Mukwege, qu’il considère comme des opposants ayant toujours condamné sans ambiguïté l’agression contre la RDC. À l’inverse, il estime que ceux qui entretiennent des liens avec les groupes armés ou qui refusent de dénoncer clairement le Rwanda devront d’abord clarifier leur position avant d’intégrer ce dialogue.
Le président Tshisekedi revendique une ouverture constante au dialogue
Répondant aux interrogations des journalistes, Patrick Muyaya a rappelé que Félix-Antoine Tshisekedi n’a jamais fermé la porte au dialogue. Il a évoqué plusieurs prises de position publiques du chef de l’État depuis 2025, ainsi que ses rencontres avec plusieurs figures politiques de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Adolphe Muzito et d’autres personnalités nationales.
Pour le gouvernement, le changement annoncé aujourd’hui ne constitue donc pas un revirement, mais la poursuite d’une volonté de dialogue exprimée depuis plusieurs mois.
Les confessions religieuses appelées à jouer un rôle central
Le gouvernement salue la disponibilité des chefs des confessions religieuses, notamment du cardinal Fridolin Ambongo, à accompagner cette initiative. Patrick Muyaya estime que les responsables religieux disposent de la crédibilité nécessaire pour dialoguer avec toutes les composantes de la société congolaise et convaincre les acteurs encore hésitants de rejoindre une dynamique nationale contre l’agression.
Le dialogue sera placé sous l’autorité du président de la République, tandis que les confessions religieuses participeront aux efforts de sensibilisation et de rapprochement entre les différentes forces politiques et sociales.
Le Rwanda désigné comme principal responsable de la crise
Le porte-parole du gouvernement a réaffirmé que la crise dans l’est du pays demeure avant tout une conséquence de l’agression rwandaise. Il a rappelé que la RDC poursuit simultanément plusieurs fronts : militaire, diplomatique, judiciaire, économique et médiatique.
Patrick Muyaya a également évoqué les procédures engagées devant la Cour internationale de Justice et les pressions diplomatiques exercées par les États-Unis afin d’obtenir le retrait des forces rwandaises conformément aux engagements pris dans le cadre de l’accord de Washington.
Selon lui, la reconnaissance par Kigali de sa participation au processus de Washington constitue déjà un acquis diplomatique majeur.
Le dialogue abordera également les grandes questions nationales
Au-delà des questions sécuritaires, le dialogue national permettra, selon le gouvernement, d’aborder d’autres sujets d’intérêt national.
Patrick Muyaya a indiqué que plusieurs questions institutionnelles pourront être discutées, y compris certaines dispositions de la Constitution qui, selon lui, méritent d’être réévaluées après vingt ans d’application.
Il a toutefois précisé que la priorité immédiate reste la restauration de la paix, la préservation de l’intégrité territoriale et la construction d’une cohésion nationale forte.
Les médias invités à accompagner le processus
Le gouvernement appelle enfin les médias à jouer un rôle de responsabilité dans ce processus. Patrick Muyaya a estimé que la presse devra contribuer à expliquer les objectifs du dialogue, éviter les polémiques susceptibles d’alimenter les divisions et participer à la consolidation de l’unité nationale.
A son avis, le dialogue constitue une nouvelle étape destinée à rassembler les Congolais autour d’un objectif commun : mettre fin à l’agression, préserver l’intégrité du territoire et créer les conditions d’un développement durable du pays.
Zacharie Mikounga
