La province de l’Ituri a une nouvelle fois basculé dans l’horreur. Dans la nuit du mercredi 1er au jeudi 2 avril 2026, une attaque d’une violence extrême a visé les populations civiles dans le territoire de Mambasa, à l’ouest de Bunia. Le bilan provisoire fait état d’au moins 43 personnes massacrées, tandis que de nombreux disparus et enlevés laissent craindre un décompte final bien plus lourd.
Pour le docteur Denis Mukwege, ce nouveau drame est la goutte d’eau qui fait déborder le vase d’une crise morale profonde. Dans une déclaration officielle, le prix Nobel de la Paix exprime sa « stupéfaction » face à la dévalorisation de la vie en République démocratique du Congo (RDC).
Des actes « terroristes » et « ignobles »
L’attaque a été attribuée aux Forces démocratiques alliées (ADF), ce groupe armé d’origine ougandaise affilié à l’organisation État islamique. « Des corps humains sont retrouvés mutilés, décapités, tués comme des mouches par les groupes armés, notamment les éléments de la CODECO et des ADF », s’insurge le Dr Mukwege.
Le gynécologue rappelle que ces exactions, qu’il qualifie de « terroristes », ne sont plus des cas isolés mais le quotidien des populations de l’Ituri et des Kivu. Il souligne d’ailleurs que ces atrocités, par leur caractère systématique, « pourraient s’apparenter à des actes de génocide ».
Le cri de colère contre l’indifférence
Au-delà de la dénonciation des bourreaux, Denis Mukwege pointe du doigt la réaction ou l’absence de réaction de la société congolaise et de la communauté internationale. Il déplore que ces massacres soient désormais traités comme de « simples faits divers », signe, selon lui, d’une « nation plongée dans une dissociation collective ».
« Sous d’autres cieux, de tels drames humains provoqueraient un séisme politique et moral », fustige-t-il, regrettant que la société banalise le mal au lieu d’exiger des solutions structurelles pour la sécurité des compatriotes.
Face à ce qu’il nomme une « crise morale profonde », le prix Nobel appelle à un réveil des consciences. Pour lui, le temps est venu de « recouvrer notre humanité » et de cesser de « fermer les yeux » sur les horreurs du Grand Nord-Kivu et de l’Ituri.
Le communiqué se conclut par une exigence claire : sortir de l’indifférence pour restaurer l’état de droit et la sécurité dans les provinces en conflit. « Il est temps de ne plus accepter l’inacceptable », martèle-t-il, plaçant les autorités et la population devant l’impératif de protection des civils dans la partie orientale de la RDC.
Tenplar Ngwadi
