Depuis l’avènement d’Internet et des téléphones intelligents, de nombreux éducateurs observent une baisse notable de l’intérêt des élèves pour la lecture. Les réseaux sociaux, les photos et les messages captent désormais l’attention d’une grande partie des jeunes, au détriment des livres.
À l’Institut scientifique et pédagogique de la Victoire situé dans la commune de Kasa-Vubu, la situation n’est pas différente. La bibliothèque existe bel et bien, mais elle est peu fréquentée par les élèves.
« Ce n’est pas un secret. Nos enfants s’intéressent davantage aux téléphones et aux androïdes qu’aux livres. Pourtant, la lecture est une richesse pour nous », explique Bernard Ndombe Lutu Fwefwa, responsable de l’établissement. Selon lui, même les élèves les plus brillants manifestent aujourd’hui peu d’intérêt pour la lecture approfondie, alors qu’elle constitue une base essentielle pour la formation intellectuelle.
L’usage du téléphone strictement interdit à l’école
Pour limiter les distractions numériques, l’établissement a pris des mesures strictes. Le règlement d’ordre intérieur interdit formellement aux élèves de venir avec un téléphone portable en classe.
« Si un enfant vient avec un téléphone, il est immédiatement confisqué. Dans l’enceinte de l’école, vous ne verrez pas de portables », affirme Bernard Ndombe Lutu Fwefwa.
Cependant, il reconnaît que le problème dépasse largement le cadre scolaire. « Quand l’enfant quitte l’école et rentre à la maison, nous ne sommes plus là pour contrôler l’utilisation du téléphone. Les parents et la société doivent également jouer leur rôle ».
Les nouvelles approches pédagogiques face au défi du numérique
Les enseignants tentent néanmoins d’adapter leurs méthodes. Aujourd’hui, l’enseignement repose davantage sur l’approche par compétences, qui encourage la découverte et la réflexion plutôt que la simple mémorisation.
Les programmes scolaires continuent également d’intégrer des activités comme la lecture et la dictée.
Mais la rapidité du numérique et les facilités offertes par les technologies posent de nouveaux défis.
« Un élève peut vous dire aujourd’hui qu’il va faire sa dissertation avec son téléphone, qui lui donnera l’introduction, le développement et la conclusion. Mais quand il devra assumer des responsabilités, réfléchir, diriger ou prononcer un discours, il devra utiliser sa propre intelligence », souligne le préfet de l’Institut scientifique et pédagogique de la Victoire.
Une bibliothèque peu exploitée malgré la disponibilité des ouvrages
L’école dispose pourtant d’une bibliothèque relativement bien fournie. Plusieurs ouvrages ont été offerts par des partenaires, notamment grâce au soutien de la Maison de la Laïcité et de la coopération belge.
Mais le lieu reste peu fréquenté.
« Quand on amène les enfants à la bibliothèque, certains somnolent. Ils préfèrent naviguer sur leurs téléphones. Pourtant, nous avons des livres dans plusieurs domaines », regrette Bernard Ndombe.
Une école historique confrontée à la concurrence des écoles privées
Autrefois, cet établissement était une référence et produisait même des ouvrages destinés à la préparation de l’examen d’État.
Aujourd’hui, cette tradition s’est progressivement perdue, notamment faute de moyens et parce que plusieurs enseignants qui animaient ces initiatives ne sont plus là.
Par ailleurs, la multiplication des écoles privées a changé le paysage éducatif. « À l’époque, il n’y avait pas beaucoup d’écoles. Aujourd’hui, tous les cent mètres, il y en a une. Chacun essaie de tirer le drap de son côté », explique-t-il. Malgré tout, il estime que l’établissement demeure une école de référence dans la région.
Des difficultés matérielles et environnementales préoccupantes
Outre les défis pédagogiques, l’Institut scientifique et pédagogique de la Victoire fait face à plusieurs problèmes d’infrastructures.
Avec la construction de nombreux immeubles autour du site, l’établissement est devenu un bassin de rétention des eaux de pluie. Lorsqu’il pleut, l’eau envahit la cour et les bâtiments.
« Quand il pleut ici, sans pirogue vous ne pouvez pas entrer dans l’école. Les bureaux sont souvent inondés », déplore le chef d’établissement.
Les bâtiments, construits il y a plusieurs décennies, montrent également des signes de vieillissement et nécessitent une réhabilitation, voire une reconstruction.
Le risque sanitaire lié aux eaux usées
La situation est aggravée par l’évacuation d’eaux sales provenant du voisinage. Selon le responsable de l’école, certains habitants profiteraient des pluies pour déverser les eaux de leurs fosses septiques.
« Nous craignons surtout les maladies, parce que ces eaux sont parfois contaminées. Cela peut provoquer des épidémies », avertit-il.
Des démarches ont été entreprises auprès des autorités locales et du comité des parents afin de sensibiliser la population environnante.
Un appel au soutien des autorités
Face à ces multiples défis, l’école a élaboré un plan de développement et transmet régulièrement ses rapports aux autorités compétentes.
Mais pour le chef d’établissement, l’amélioration de la situation dépendra surtout de l’appui du gouvernement et des partenaires.
« Il faut accompagner les éducateurs et remettre la lecture au centre de l’éducation pour éviter que l’école ne bascule totalement dans la distraction numérique ».
Zacharie Mikunga
