L’Institut de recherche en droits humains alerte sur le transfert forcé de demandeurs d’asile américains vers Kinshasa, qu’il qualifie de pratique illégale et dangereuse. Des transferts que cette ONG des droits humains basée à Lubumbashi dans le Haut-Katanga, juge contraires au droit international.
L’Institut de recherche en droits humains (IRDH) exprime sa vive inquiétude après l’arrivée, le 17 avril 2026 à Kinshasa, d’une quarantaine de demandeurs d’asile transférés depuis les États-Unis vers la RDC. Selon l’organisation, cette opération constitue une externalisation des obligations internationales de protection, en violation du principe de non-refoulement et de l’interdiction des transferts forcés.
L’IRDH estime que cette pratique est incompatible avec plusieurs normes, notamment le droit des réfugiés, le droit international humanitaire et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.
Le premier groupe, composé d’environ 45 personnes majoritairement originaires d’Amérique latine, est arrivé à bord d’un avion de la compagnie Omni Air International, en provenance de Louisiane. Après des escales à Dakar (Sénégal) et Accra (Ghana), l’appareil a atterri à l’aéroport international de N’djili. Les migrants ont ensuite été conduits dans un complexe hôtelier proche de l’aéroport, sous surveillance de la Police nationale congolaise.
Contrairement à la version officielle, l’IRDH considère que ces conditions s’apparentent à une forme de rétention, remettant en cause le respect de la dignité humaine.
Kinshasa accusée de « sous-traitance migratoire »
Pour l’IRDH, l’accord entre Kinshasa et Washington dépasse le cadre d’une coopération humanitaire. Il s’inscrirait dans une logique d’externalisation migratoire, où les États-Unis transfèrent la gestion de leurs demandeurs d’asile vers un pays tiers. L’organisation met en garde contre un précédent juridique dangereux, estimant que la RDC pourrait être tenue responsable de complicité de traitements inhumains en acceptant ces transferts sans examen individuel des dossiers. Elle souligne également que ce mécanisme viole l’interdiction des expulsions collectives prévue par les instruments régionaux africains.
Des risques accrus pour les demandeurs d’asile
L’IRDH pointe plusieurs irrégularités majeures notamment le transfert vers un pays sans lien de nationalité avec les migrants ; l’absence d’examen individuel des demandes ; le recours à un pays tiers confronté à des défis sécuritaires internes. L’organisation rappelle que la jurisprudence internationale, notamment une décision récente de la Cour suprême britannique sur un accord similaire avec le Rwanda, a déjà sanctionné ce type de dispositif.
Appels à la suspension de l’accord
Face à cette situation, l’IRDH formule plusieurs recommandations. Il s’agit de la suspension immédiate de l’accord par le gouvernement congolais et la publication de son contenu ; la fin d’externalisation de l’asile par les États-Unis ; l’intervention du HCR pour garantir l’accès aux demandeurs d’asile et le respect de leurs droits.
Une responsabilité partagée en question
L’organisation conclut que si ces migrants venaient à être renvoyés vers leurs pays d’origine, la RDC et les États-Unis pourraient être conjointement responsables d’une violation du principe de non-refoulement, pilier du droit international des réfugiés.
La Gazette du Continent
