Le Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo revient, dans son rapport transmis au Conseil de sécurité, sur les opérations militaires menées au Sud-Kivu et la prise d’Uvira par la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda.
Consulté mercredi 1er juillet, le document indique qu’à la fin du mois de novembre 2025, l’AFC/M23 et les Forces de défense rwandaises (RDF) ont lancé une offensive de grande ampleur le long du corridor Bukavu-Uvira (RN5) et des axes adjacents afin de s’emparer de la plaine de la Ruzizi et d’Uvira.
Selon les experts, cette offensive visait notamment à contraindre le Burundi à se désengager du conflit et à empêcher que son territoire ne serve de base logistique pour l’approvisionnement des forces alignées sur Kinshasa au Sud-Kivu.
Le rapport précise également que les avancées réalisées simultanément à Lemera et dans les Moyens Plateaux avaient pour objectif de prendre des positions stratégiques afin d’ouvrir la voie à de nouvelles offensives vers Minembwe, de briser l’encerclement de la ville par la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) et les FARDC, ainsi que de faire pression pour obtenir le retrait de la FDNB du territoire de Mwenga. Les objectifs suivants consistaient notamment à prendre Kalemie et les Hauts Plateaux, avant de viser, à terme, le contrôle du Sud-Kivu.
S’agissant des justifications avancées publiquement par l’AFC/M23, notamment à travers les déclarations de ses porte-parole et des publications diffusées sur des réseaux sociaux affiliés au mouvement, le rapport indique que l’offensive contre Uvira avait été présentée comme une réponse à une prétendue campagne de nettoyage ethnique visant la communauté Banyamulenge. D’autres allégations faisaient état de la présence d’éléments des FDLR-FOCA aux côtés des FARDC et de la FDNB.
Le Groupe d’experts affirme toutefois n’avoir trouvé « aucune preuve indiquant que ces éléments constituaient une menace directe pour le Rwanda susceptible de justifier une intervention militaire en République démocratique du Congo ».
Le rapport rappelle que la prise d’Uvira, le 10 décembre 2025, suivie de l’avancée rapide des forces de l’AFC/M23 et de la RDF jusqu’à Makobola, à une vingtaine de kilomètres de la ville, a constitué une expansion territoriale majeure. Selon les experts, les accusations réciproques de tirs d’artillerie entre le Burundi et le Rwanda ont accru le risque d’une confrontation directe et d’une régionalisation du conflit, poussant le Burundi à fermer ses frontières et à renforcer son dispositif de défense.
Les experts indiquent que l’offensive sur Uvira a été menée sous le commandement direct de Makenga et de Byamungu. Ils estiment également que le général à la retraite James Kabarebe a joué un rôle clé dans la coordination de l’opération. Des sources de l’AFC/M23 et de la RDF avaient, selon le rapport, fait état dès le début du mois d’octobre de leur intention de prendre Uvira, laissant penser que l’opération avait été soigneusement planifiée.
Le document affirme par ailleurs que le Rwanda avait déployé plus de 8 000 soldats de la RDF, dont des membres des forces spéciales, ainsi que du matériel militaire lourd et de pointe vers les lignes de front de la plaine de la Ruzizi. Les experts citent notamment des systèmes de brouillage, des lance-roquettes multiples BM-21, des mortiers de 120 mm guidés par GPS, ainsi que des drones kamikazes et des drones à pilotage immersif. Des tirs d’artillerie lourde et des bombardements, notamment des roquettes BM-21 tirées depuis Kamanyola les 4 et 5 décembre, auraient également fait des victimes civiles à Cibitoke, au Burundi.
Concernant le retrait d’Uvira, le rapport rappelle qu’après avoir contrôlé la ville pendant plus d’un mois, contraint la Force de défense nationale du Burundi à se retirer, pris d’importantes bases des FARDC, contrôlé l’ensemble de la plaine de la Ruzizi le long de la frontière burundaise et installé une administration parallèle, les troupes de l’AFC/M23 et de la RDF ont quitté la ville le 18 janvier 2026 à la suite de pressions diplomatiques internationales soutenues.
Les experts estiment toutefois que ce retrait, présenté comme un geste de bonne volonté, constituait en réalité une manœuvre stratégique. Selon eux, les forces de l’AFC/M23 et de la RDF se sont redéployées dans des zones voisines, renforçant leurs positions en violation des engagements pris en matière de retrait, notamment dans les Moyens et les Hauts Plateaux afin de sécuriser les principaux axes routiers du Sud-Kivu.
Au moment de la rédaction du rapport, les experts indiquent que l’AFC/M23 et la RDF continuaient de renforcer leurs effectifs dans la plaine de la Ruzizi. Ils ajoutent que d’autres groupes alliés, dont la Résistance pour un État de droit au Burundi (RED-Tabara) et les Forces nationales de libération (FNL), combattaient aux côtés du MRDP/Twirwaneho et de l’AFC/M23. Les autorités burundaises ont, selon le rapport, dénoncé cette coopération opérationnelle et mis en garde contre le risque d’une déstabilisation transfrontalière.
Ville stratégique dans le dispositif sécuritaire du gouvernement congolais au Sud-Kivu, Uvira était passée sous le contrôle de l’AFC/M23, renforçant l’emprise de la rébellion dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. À la suite de fortes pressions exercées par les États-Unis d’Amérique sur Kigali, considéré comme le parrain de la rébellion de l’AFC/M23 et accusé d’avoir violé l’Accord de Washington, le mouvement rebelle s’était retiré de la ville.
Ce verrou sécuritaire est considéré comme un point stratégique susceptible de faciliter une avancée vers l’espace du Grand Katanga, présenté comme le poumon économique de la République démocratique du Congo.
Keno M.
