À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a adressé une lettre ouverte au président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, dans laquelle il dresse un sévère réquisitoire contre sa gouvernance et l’exhorte à renoncer au projet de changement de la Constitution.
Dès les premières lignes de son message, Denis Mukwege affirme qu’il n’y a, selon lui, « rien à célébrer », estimant que le pays traverse une « crise existentielle » marquée par l’insécurité, les souffrances des populations et un risque de balkanisation.
Revenant sur l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi en janvier 2019, il explique avoir volontairement observé une certaine réserve, dans l’intérêt supérieur de la Nation, avant de formuler plusieurs critiques portant notamment sur la gouvernance, la justice transitionnelle, la lutte contre l’impunité, l’état de siège, la gestion de la crise sécuritaire dans l’est du pays ainsi que les initiatives diplomatiques engagées au cours de son mandat.
Le gynécologue congolais estime que les réformes du secteur de la sécurité n’ont pas été menées à bien et considère que l’incapacité à restructurer les Forces armées de la République démocratique du Congo a contribué à l’aggravation de la crise sécuritaire et humanitaire.
Il critique également les différentes initiatives diplomatiques entreprises pour tenter de résoudre le conflit dans l’est du pays, estimant qu’elles ont davantage créé de confusion que favorisé la pacification.
Dans la conclusion de sa lettre, Denis Mukwege emploie un ton particulièrement ferme à l’égard du Chef de l’État.
« Votre Présidence ressemble de plus en plus à un bateau ivre qui tangue dans une mer agitée et risque de couler à tout moment », écrit-il.
Le Prix Nobel de la paix met également en garde Félix Tshisekedi contre les conséquences qu’aurait, selon lui, une révision de la Constitution.
« Je vous exhorte simplement à ne pas le plonger davantage dans l’abîme et à ne pas devenir l’homme, fils d’Étienne Tshisekedi, qui rentrera dans l’histoire du pays comme celui qui a provoqué sa fin en tant que Nation souveraine en actant sa balkanisation », affirme-t-il.
Denis Mukwege demande en outre au Président de la République de renoncer au projet de changement de la Constitution et à l’organisation d’un référendum.
Selon lui, une telle initiative ne devrait pas être engagée dans un contexte où plus de 10 millions de citoyens ne pourraient pas exercer leurs droits politiques et où l’épidémie d’Ebola continue de sévir.
En conclusion, il appelle le Chef de l’État à faire de la restauration de la paix et de la souveraineté nationale, de la protection des civils, de l’amélioration des conditions de vie, du renforcement de l’État de droit, de la lutte contre l’impunité et de la gouvernance économique les priorités de son action.
« Il n’est jamais trop tard pour prendre les bonnes décisions, dans l’intérêt général et pour le bien commun de la Nation », conclut Denis Mukwege.
Keno M.
