Le général Norbert Likulia Bolongo, dernier Premier ministre du Zaïre sous le régime du maréchal Mobutu Sese Seko, est décédé à Paris le 25 juin 2026 à l’âge de 87 ans.
Auditeur général des Forces armées zaïroises (FAZ) puis chef du dernier gouvernement de Mobutu, Norbert Likulia Bolongo avait été nommé Premier ministre le 11 avril 1997 dans un contexte marqué par l’avancée de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila. Son gouvernement de salut public n’aura duré que 36 jours, jusqu’à la chute du régime, le 17 mai 1997.
Né le 8 juillet 1939 à Basoko, dans l’actuelle province de la Tshopo, Norbert Likulia Bolongo était originaire du secteur de Bomenge. Après ses études secondaires à Stanleyville, aujourd’hui Kisangani, il rejoint la Force publique en juin 1958. Nommé sous-lieutenant en 1960, il occupe ensuite plusieurs fonctions au sein de l’armée et du ministère de la Défense.
Parallèlement à sa carrière militaire, il poursuit des études de droit. Licencié en droit, il bénéficie en 1968 d’une bourse de la Fondation Ford qui lui permet de poursuivre sa formation à l’Université d’Aix-en-Provence, en France. Il y soutient une thèse de doctorat en droit pénal militaire comparé intitulée « La compétence d’attribution des juridictions militaires en temps de paix en droit comparé zaïrois, belge et français ».
À son retour, il gravit rapidement les échelons de la hiérarchie militaire. Nommé auditeur général en 1971, il est successivement promu général de brigade en 1972, général de division en 1977 puis général de corps d’armée en 1980. Il siège également comme vice-président du Conseil d’administration de l’UNAZA et devient membre de la Commission permanente de la réforme du droit.
À la tête de l’auditorat général des FAZ entre 1971 et 1977, période marquée par plusieurs vagues d’épuration au sein de l’armée, le général Likulia est considéré comme l’un des principaux piliers du pouvoir militaire du président Mobutu.
Sa carrière politique le conduit ensuite aux fonctions de secrétaire d’État à la Défense nationale et à la Sécurité du territoire entre 1985 et 1990, puis de commissaire d’État aux Affaires foncières. Entre 1990 et 1992, il est chargé de missions par le président Mobutu dans le cadre du processus de démocratisation, avant de diriger le Service national d’intelligence et de protection (SNIP), l’actuelle ANR, de 1992 à 1994.
À la fin du régime Mobutu, il est nommé vice-Premier ministre et ministre de la Défense dans le dernier gouvernement de Léon Kengo wa Dondo, où il s’oppose notamment au ministre des Finances Marco Banguli sur les moyens alloués aux Forces armées zaïroises.
Après le bref passage d’Étienne Tshisekedi à la Primature, Norbert Likulia Bolongo devient le dernier Premier ministre de Mobutu. Son mandat est marqué par les derniers jours du régime et par des divergences avec son ministre de la Défense, le général Mahele, dans un contexte où les événements échappent au contrôle du gouvernement.
Après la chute du régime, il s’exile en France avant de revenir en République démocratique du Congo en 2000. Laurent-Désiré Kabila le nomme alors ministre du Portefeuille le 1er septembre 2000.
En 2006, il se présente comme candidat indépendant à l’élection présidentielle. Crédité de 0,46 % des suffrages exprimés au premier tour, il apporte ensuite son soutien à Jean-Pierre Bemba pour le second tour face à Joseph Kabila.
Avec la disparition du général Norbert Likulia Bolongo, la République démocratique du Congo perd l’un des derniers témoins et acteurs de la fin du régime du maréchal Mobutu.
Jean-Claude Mombong Mass
