À l’occasion d’une conférence de presse tenue le 1er juin 2026 à Kinshasa, le directeur exécutif de la Voix des Sans Voix pour les droits de l’homme (VSV), Rostin Manketa, a dénoncé les arrestations arbitraires et les détentions prolongées sans jugement.
L’organisation appelle notamment à l’accélération des procédures judiciaires dans l’affaire de l’assassinat des défenseurs des droits humains Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.
La VSV plaide pour des procès dans des délais raisonnables
La Voix des Sans Voix estime que toute personne impliquée dans des affaires criminelles doit être jugée dans un délai raisonnable, conformément aux principes de protection des droits humains. Au cours de son intervention, Rostin Manketa a particulièrement évoqué le cas du général Zelwa Katanga, dit « Djadjidja », ainsi que d’autres personnes détenues dans le cadre de l’affaire Chebeya-Bazana.
Selon lui, il est impératif que ces prévenus comparaissent rapidement devant leurs juges afin de connaître leur sort judiciaire. « Nous dénonçons les détentions prolongées sans jugement. Toutes les personnes impliquées dans cette affaire doivent être jugées dans des délais raisonnables afin d’éviter que leur détention soit considérée comme arbitraire », a-t-il déclaré.
Des actions de plaidoyer menées aux niveaux national et international
La VSV affirme poursuivre son travail de plaidoyer auprès des autorités congolaises ainsi qu’auprès des instances régionales et internationales. L’organisation indique avoir multiplié les démarches visant à faire progresser la justice dans l’affaire Chebeya-Bazana et à améliorer la protection des défenseurs des droits humains en République Démocratique du Congo.
Pour Rostin Manketa, plusieurs avancées ont déjà été enregistrées sous le régime actuel, notamment l’arrestation et la détention de plusieurs personnes soupçonnées d’avoir participé à l’assassinat des deux militants des droits humains.
La réforme de la justice militaire ouvre une nouvelle perspective
Le responsable de la VSV estime que les réformes récentes du Code judiciaire militaire ont levé l’un des principaux obstacles à l’organisation d’un procès impliquant le général John Numbi. Il rappelle qu’auparavant, un officier supérieur ne pouvait être jugé que par des magistrats militaires de grade équivalent ou supérieur, ce qui compliquait considérablement la procédure dans le cas d’un général quatre étoiles.
Désormais, explique-t-il, la logique de jugement repose davantage sur les catégories d’officiers que sur l’équivalence stricte des grades. Ainsi, un général de brigade pourrait siéger dans une juridiction appelée à juger un officier de grade supérieur appartenant à la même catégorie d’officiers généraux.
« Ces verrous ont sauté. Aujourd’hui, il existe une réelle opportunité pour que le général John Numbi et les autres personnes concernées soient jugés », a affirmé Rostin Manketa.
Un procès avec ou sans la présence de John Numbi
Pour la VSV, l’absence du général John Numbi ne doit plus constituer un obstacle à la manifestation de la vérité. L’organisation estime qu’un procès peut être organisé même sans sa présence physique, à condition que les garanties d’un procès équitable soient respectées.
Selon Rostin Manketa, l’essentiel est que la justice établisse les responsabilités et que toute personne reconnue coupable soit condamnée conformément à la loi. « Nous exigeons un procès juste et équitable pour tous, quelles que soient les accusations portées contre eux », a-t-il insisté.
Le pouvoir appelé à se distinguer des pratiques du passé
La VSV invite également les autorités actuelles à consolider les acquis démocratiques et à éviter de reproduire les abus dénoncés sous les précédents régimes. Pour l’organisation, les attentes de la société civile demeurent fortes en matière de respect des droits humains, de libertés publiques et de gouvernance démocratique.
Rostin Manketa affirme que plusieurs avancées sont perceptibles, mais estime que les autorités doivent poursuivre leurs efforts afin de garantir davantage de protection aux défenseurs des droits humains et aux acteurs de la société civile.
La gestion des manifestations politiques critiquée
Le directeur exécutif de la VSV s’est également exprimé sur l’organisation des manifestations politiques dans le pays. Il juge inapproprié que des regroupements politiques adverses programment des manifestations le même jour et appelle les autorités à mieux réguler les calendriers afin d’éviter les tensions.
Pour Manketa, dans un régime fondé sur la liberté de manifestation, les citoyens doivent pouvoir choisir librement de participer ou non à une activité politique. « Personne ne doit être contraint de prendre part à une manifestation. La population doit conserver sa liberté de choix et pouvoir exprimer ses préférences de manière pacifique ».
Préserver les acquis démocratiques
En conclusion, la VSV reconnaît certaines avancées réalisées ces dernières années, mais appelle le pouvoir en place à maintenir le cap des réformes. L’organisation estime que le respect des droits humains, l’indépendance de la justice et la liberté de manifestation demeurent des indicateurs essentiels de la consolidation démocratique en République démocratique du Congo. Pour Rostin Manketa, la crédibilité du pays sur la scène internationale dépendra également de sa capacité à garantir ces valeurs fondamentales.
La Gazette du Continent
