L’annonce du vice-premier ministre en charge des Transports sur l’ouverture prochaine de la ligne Kinshasa-Bruxelles par la compagnie Air Congo constitue un signal fort pour le secteur aérien congolais.
C’est ce que rapporte sur sa page Facebook airjournal ornacrdc. Ce projet symbolise le retour espéré d’un pavillon national sur une liaison historique et stratégique reliant la République Démocratique du Congo à l’Europe. Mais au-delà de l’effet d’annonce politique, une interrogation demeure : Air Congo possède-t-elle réellement les capacités techniques et réglementaires nécessaires pour exploiter cette route internationale ?
Une faisabilité technique sous fortes conditions
Sur le plan technique, l’ouverture de la ligne Kinshasa-Bruxelles reste possible. Toutefois, cette ambition dépend de plusieurs conditions complexes à réunir.
La flotte actuelle d’Air Congo est essentiellement composée de Boeing 737 et d’ATR 72, des appareils adaptés aux dessertes régionales et moyen-courriers. Or, une liaison directe entre Kinshasa et Bruxelles nécessite des avions long-courriers ainsi qu’un encadrement technique répondant aux normes européennes les plus strictes. Dans ce contexte, plusieurs observateurs estiment que l’exploitation réelle de cette ligne pourrait être assurée par Ethiopian Airlines à travers un partenariat stratégique déjà existant avec Air Congo.
Le rôle déterminant d’Ethiopian Airlines
Depuis sa création, Air Congo bénéficie de l’appui technique et opérationnel d’Ethiopian Airlines. Ce modèle de coopération ressemble à ceux déjà développés par le groupe éthiopien dans plusieurs pays africains, notamment avec Zambia Airways, Malawi Airlines ou encore ASKY Airlines.
Dans ce type de partenariat, l’État conserve la majorité politique ; Ethiopian Airlines apporte les avions ; les équipages et la maintenance sont assurés par la compagnie éthiopienne ; l’expertise technique et les standards internationaux restent sous contrôle d’Ethiopian. D’ailleurs, plusieurs Boeing 737 actuellement exploités par Air Congo proviennent déjà d’Ethiopian Airlines via des contrats de leasing opérationnel.
L’obstacle majeur est les restrictions européennes
Le principal défi reste la question des normes européennes de sécurité aérienne. La RDC demeure soumise à plusieurs restrictions de l’Union européenne concernant ses compagnies aériennes. Une exploitation entièrement congolaise rencontrerait donc d’importantes difficultés pour obtenir les autorisations nécessaires auprès des autorités européennes. C’est précisément là que le partenariat avec Ethiopian Airlines devient stratégique.
La compagnie éthiopienne dispose des certifications internationales ; des autorisations d’exploitation en Europe ; de la conformité aux exigences de l’EASA ; d’une solide réputation parmi les transporteurs africains.
Ainsi, si les opérations sont techniquement supervisées par Ethiopian Airlines — maintenance, équipages, procédures et certification — les autorités européennes pourraient autoriser les vols, même sous l’identité commerciale d’Air Congo.
Le scénario le plus probable : un “wet lease”
Le scénario jugé le plus réaliste à court terme serait celui d’un “wet lease”. Concrètement, les billets seraient commercialisés sous la marque Air Congo ; le logo de la compagnie congolaise apparaîtrait sur les vols ; mais l’appareil, les pilotes et la maintenance seraient fournis par Ethiopian Airlines. L’avion utilisé pourrait notamment être un Boeing 787 appartenant à Ethiopian Airlines, tandis que le certificat opérationnel resterait éthiopien.
Dans les faits, il s’agirait davantage d’une exploitation d’Ethiopian Airlines sous marque Air Congo qu’une opération totalement indépendante menée par la compagnie congolaise.
Un enjeu également politique
Au-delà des aspects techniques, cette annonce revêt une forte dimension politique. Le gouvernement congolais cherche à démontrer le retour du pavillon national ; la relance de l’aviation congolaise ;
une souveraineté aérienne retrouvée. Après les difficultés rencontrées par Lignes Aériennes Congolaises puis Congo Airways, Air Congo apparaît aujourd’hui comme un projet stratégique pour l’image du pays.
Un projet possible, mais encore loin d’une autonomie totale
L’ouverture de la ligne Kinshasa-Bruxelles par Air Congo semble donc réalisable, mais difficilement sans un soutien massif d’Ethiopian Airlines. Le succès du projet dépendra notamment de la rigueur opérationnelle ; des accords avec l’Union européenne ; de la solidité du partenariat avec Ethiopian Airlines ; et de la capacité d’Air Congo à développer progressivement ses propres standards internationaux.
Si cette initiative aboutit durablement, elle pourrait marquer le premier véritable retour d’un pavillon congolais sur l’Europe depuis les opérations de Hewa Bora Airways en 2011. Pour l’instant, le projet suscite autant d’espoir que d’interrogations. Comme disent les anglophones : “Wait and see”.
La Gazette du Continent
