Un vent de réconciliation semble souffler sur Caracas. L’Assemblée nationale vénézuélienne a franchi une étape importante ce jeudi 5 février 2026, en approuvant à l’unanimité, en première lecture, un projet de loi d’amnistie générale.
Le Parlement a ainsi débattu un texte couvrant des accusations telles que la « trahison à la patrie », le « terrorisme » ou encore l’« incitation à la haine », des motifs fréquemment utilisés par le passé pour incarcérer des prisonniers politiques.
Justice et coexistence, pas de vengeance
Selon le texte, l’amnistie générale proposée vise avant tout la « justice et la coexistence ». Elle souligne « l’importance de ne pas imposer la vengeance, la revanche ni la haine, mais d’ouvrir une voie vers la réconciliation ».
Cependant, la portée de cette amnistie est clairement délimitée. Sont expressément « exclus de ses bénéfices » des crimes et délits tels que « les violations graves des droits de l’homme, les crimes contre l’humanité, les crimes de guerre, l’homicide intentionnel, la corruption et le trafic de stupéfiants ». Cette exclusion répond à un « respect strict » de la Constitution vénézuélienne, qui interdit d’inclure ce type de crimes dans toute forme de grâce ou d’amnistie.
Lever les inéligibilités et libérer les esprits
Au-delà des prisonniers, la loi d’amnistie prévoit également de lever les inéligibilités qui frappent de nombreux opposants, marquant un potentiel tournant dans le paysage politique national. Votée à l’unanimité en séance ce jeudi, la proposition de loi sera à nouveau débattue mardi 10 février.
Le président de l’Assemblée nationale vénézuélienne, Jorge Rodriguez, frère de la présidente par intérim, a marqué les esprits lors du débat. Tenant une photographie du défunt président Hugo Chavez avec un crucifix à la main, il a demandé « pardon » : « Nous demandons pardon et nous devons aussi pardonner », a-t-il déclaré, ajoutant : « je le dis clairement, je n’aime pas [qu’il y ait des] prisonniers. »
Pour le député d’opposition Tomas Guanipa, cette initiative pourrait marquer « le début d’une étape historique ». « Nous pouvons faire en sorte que le Venezuela entre dans une spirale de reconnaissance mutuelle, de respect, de tolérance, d’accords et où, au final, nous puissions trouver la paix », a-t-il affirmé.
Cette volonté d’apaisement fait écho à une promesse antérieure de la présidente Delcy Rodriguez d’une loi couvrant la période depuis l’élection d’Hugo Chavez en 1999. Elle s’inscrit dans un mouvement déjà amorcé, avec la libération de quelque 350 prisonniers politiques depuis début janvier, selon l’ONG Foro Penal. Cependant, près de 700 restent encore incarcérés, et des dizaines de familles campent toujours devant les prisons. L’amnistie permettrait aux prisonniers politiques d’être totalement libres de toutes poursuites, là où les détenus libérés ces dernières semaines restent sous contrôle judiciaire.
« Ce que nous souhaitons, c’est que cette loi envoie un message puissant, fort, de la volonté d’un nouveau moment politique », a affirmé Jorge Rodriguez, qui espère parvenir à un consensus pour que la loi d’amnistie soit approuvée à l’unanimité en deuxième lecture.
Si elle est définitivement adoptée, il s’agira de la deuxième amnistie depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez en 1999, après celle de 2007, ouvrant la voie à une désescalade significative des tensions politiques.
Tenplar Ngwadi
