En levant l’obligation de visa pour les citoyens africains à partir de 2027, le Tchad rejoint le cercle encore restreint des États du continent qui ont fait le choix de la libre circulation.
Une mesure à forte portée politique
À compter du 1er janvier 2027, les ressortissants africains pourront entrer au Tchad sans visa. Cette annonce a été accueillie par une salve d’applaudissements. Le président Mahamat Idriss Déby Itno a annoncé cette nouvelle lors de l’ouverture du Forum africain de l’eau, organisé à N’Djamena en partenariat avec la Banque mondiale.
Selon les informations recueillies sur place, cette annonce a pris de court les Tchadiens et le gouvernement. « C’était inattendu, je n’étais pas dans la confidence », a concédé Gassim Chérif Mahamat, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, quelques instants après la prise de parole de Mahamat Idriss Déby Itno.
Une victoire posthume de Kwame Nkrumah ?
Fervent partisan de l’indépendance économique africaine , il considérait l’émancipation totale comme impossible tant que l’Afrique dépendrait des anciennes puissances coloniales pour ses richesses, son commerce et ses infrastructures. Il rêvait pour l’Afrique une décolonisation totale accompagnée d’une unification politique et économique continentale.
Ce mouvement gagne du terrain et de l’ampleur sur tout le continent soixante ans après nos indépendances, le président tchadien a fait cette annonce face à un parterre de chefs d’État, qu’il avait convié pour cet événement dont il entendait faire une démonstration de force diplomatique : les présidents Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon), Félix Tshisekedi (RDC), Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (Mauritanie) et Romuald Wadagni (Bénin) étaient au premier rang.
En promettant l’exemption de visas à l’ensemble des ressortissants africains, Mahamat Idriss Déby Itno s’inscrit dans un mouvement initié par le Bénin et le Rwanda et qui, depuis, ne cesse de faire des émules : le Ghana a annoncé une mesure similaire en avril dernier, bientôt suivi, le mois suivant, par le Togo et le Congo.
En mai dernier, le président congolais Denis Sassou avait fait la même annonce pour le compte de son pays. Il avait justifié la mesure par la volonté de renforcer la libre circulation des personnes et des biens et de favoriser une coopération accrue entre les États et les peuples du continent.
Les pays africains qui ont annoncé cette mesure et ceux qui l’appliquent déjà partagent tous le même objectif, le rêve de Kwame Nkrumah.
Jean-Claude Mombong Mass
