L’interconnexion simultanée de la République démocratique du Congo au Corridor de Lobito, du côté de l’océan Atlantique, et au Corridor Central, du côté de l’océan Indien, constitue une opportunité stratégique majeure pour le développement économique du pays. C’est l’analyse de Patient Sayiba Tambwe, ancien directeur général de l’Office de gestion du fret multimodal (OGEFREM) et expert en transport et facilitation du commerce.
Selon lui, cette double connexion offre à la RDC un désenclavement géoéconomique historique. Elle permet notamment au pays de réduire sa dépendance logistique vis-à-vis des ports sud-africains et est-africains, souvent confrontés à des problèmes de saturation, tout en diminuant considérablement les délais de transit des minerais critiques, notamment le cuivre et le cobalt.
Pour l’expert, cette double ouverture maritime favorise également une concurrence tarifaire entre les opérateurs de transport, contribue à la baisse des coûts logistiques intra-africains et renforce la position de la RDC comme carrefour incontournable du transit transcontinental en Afrique subsaharienne.
Toutefois, Patient Sayiba Tambwe estime que l’existence de ces infrastructures ne constitue pas, à elle seule, une garantie de prospérité pour les populations congolaises. Il considère que le pays doit impérativement abandonner son modèle d’« économie de comptoir » afin de mieux valoriser ses ressources naturelles.
Dans cette perspective, il préconise le développement de zones économiques spéciales industrielles le long des corridors ferroviaires afin de favoriser la transformation locale des minerais. L’objectif serait notamment de produire sur place des précurseurs de batteries ou des cathodes de cuivre avant leur exportation vers les marchés internationaux.
L’ancien dirigeant de l’OGEFREM souligne également que ces infrastructures devraient contribuer au désenclavement des principaux bassins agricoles du pays. Une telle dynamique permettrait, selon lui, de stimuler l’agro-industrie régionale, de réduire la dépendance aux importations alimentaires et de renforcer l’approvisionnement du marché intérieur dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Pour concrétiser cette ambition, l’expert appelle les autorités congolaises à lever les nombreux obstacles structurels et administratifs qui continuent de freiner la compétitivité du pays. Il plaide notamment pour l’harmonisation et la numérisation des systèmes douaniers, afin de réduire les barrières non tarifaires et de mettre fin à la multiplicité des taxes illégales observées aux différents postes-frontières.
Patient Sayiba Tambwe recommande également des investissements importants dans la formation d’une main-d’œuvre technique locale capable d’assurer la maintenance des infrastructures ferroviaires et le fonctionnement des unités industrielles de transformation.
Enfin, il estime que l’amélioration du climat des affaires demeure indispensable pour attirer davantage d’investissements privés et renforcer les partenariats avec les institutions financières et les acteurs multilatéraux engagés dans le développement des infrastructures régionales.
Tenplar Ngwadi
