L’institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, Ebuteli, a tenu ce vendredi 3 mars 2026 une conférence de presse pour clôturer deux jours de « hackathon législatif » centrés sur la question : « Service militaire obligatoire en RDC : enjeux, faisabilité et perspectives citoyennes ».
Cette initiative inédite visait à favoriser la participation politique des citoyens et à renforcer la collaboration entre la société civile et les députés nationaux autour d’une proposition de loi déjà introduite à l’Assemblée nationale.
Une cinquantaine de participants étudiants, experts, acteurs de la société civile et représentants parlementaires se sont réunis jeudi et vendredi pour examiner la proposition de loi initiée par le député Claude misare, actuellement à l’étude au sein de la Commission des fonds de sécurité. Les travaux ont porté sur la crédibilité pratique du texte, ses implications sociales, les enjeux de genre, l’équité territoriale et l’acceptabilité citoyenne. Trois groupes de travail ont été formés afin d’approfondir les débats et structurer des recommandations restituées en séance publique.
Organisateurs et participants ont souligné l’intérêt de confronter la proposition de loi à une expertise citoyenne, afin que les recommandations produites puissent alimenter les travaux de la Commission défense et sécurité, puis la plénière. La démarche s’inscrit dans la volonté d’Ebuteli de renforcer les ponts entre la société civile et les parlementaires, en rendant le débat législatif plus inclusif et transparent.
La thématique intervient dans un contexte marqué par la persistance de la crise sécuritaire dans l’Est du pays et par des discussions renouvelées sur la réforme de l’armée et la défense territoriale. Les intervenants ont rappelé que la question du service militaire obligatoire est intimement liée aux défis de sécurité, à la résilience nationale et à la participation citoyenne à l’effort de défense.
Plusieurs députés et leurs représentants ont pris part aux échanges. Le professeur Florentin Mutula Bulenga, représentant l’honorable Missard, a insisté sur la nécessité d’une « appropriation nationale » de la loi : pour être efficace, un service militaire obligatoire doit être compris et accepté par les Congolais. Il a rappelé le caractère constitutionnel du devoir de défense et soutenu que des conditions de mise en œuvre claires y compris budgétaires sont indispensables. Sur le volet financement, il a proposé la création progressive de rubriques budgétaires dédiées à la formation et, le cas échéant, à la prise en charge des mobilisés, sans exclure un réexamen du pourcentage budgétaire alloué au ministère de la Défense.
Le professeur Florentin Mutula Bulenga a aussi souligné que l’institution d’un service obligatoire doit s’accompagner de mesures concrètes garantissant la discipline et empêchant les dérives : « un citoyen formé à servir son pays ne doit pas pouvoir utiliser ces compétences pour commettre des crimes », a‑t‑il affirmé.
Le député Aldos Ali Tshitoko a pour sa part rappelé que des cadres juridiques et statutaires existent déjà et qu’un contrôle parlementaire effectif est nécessaire pour assurer le bon déroulement du dispositif. Il a évoqué la programmation budgétaire lors des périodes de crise fonds d’intervention, état de guerre et soutenu que l’adoption d’une loi devrait être suivie d’actes d’application (décrets, arrêtés) et d’une organisation logistique et humaine adaptée : centres d’accueil humanisés, sélection rigoureuse, accompagnement médical et social des engagés.
Les recommandations produites sont destinées à être transmises formellement aux commissions concernées, notamment la Commission défense et sécurité et la Commission des fonds de sécurité, afin qu’elles soient prises en compte lors du débat en plénière.
Pour Ebuteli, cette édition illustre la valeur ajoutée d’un travail collaboratif entre députés, citoyens et experts. En réunissant différents profils dont des représentants du gouvernement local et national le hackathon a tenté d’articuler exigences de sécurité et respect des droits civiques, tout en cherchant des solutions pragmatiques à la mise en œuvre.
La proposition de loi sur le service militaire obligatoire nourrit un débat national sensible, qui touche à la souveraineté, à la sécurité et aux droits des citoyens. Dont hackathon législatif offrent des pistes concrètes pour rendre la mesure plus acceptable et plus opérationnelle.
Tenplar Ngwadi
