Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege s’est fermement opposé à toute tentative de révision de la Constitution en République démocratique du Congo, dans une déclaration rendue publique le 17 mai 2026. Alors que le débat autour d’un éventuel troisième mandat du président de la République prend de l’ampleur, l’ancien candidat à la présidentielle met en garde contre une remise en cause des principes démocratiques et appelle à un « sursaut citoyen ».
Dans son message, Denis Mukwege rappelle que « le second et dernier mandat du Président de la République Démocratique du Congo prendra fin le 20 janvier 2029 ». Selon lui, l’ouverture du débat sur une modification de la Constitution visant à permettre à l’actuel chef de l’État de briguer un nouveau mandat constitue une menace pour les fondements démocratiques du pays.
Le médecin congolais estime que la RDC traverse déjà « une crise multiforme » aggravée par « la dernière guerre d’agression et d’occupation dans l’Est de la RDC ». Il accuse le pouvoir en place et l’Union sacrée de chercher à « s’accrocher au pouvoir » en développant un système fondé sur « le culte de la personnalité », malgré ce qu’il qualifie de « bilan désastreux » sur les plans sécuritaire, économique et social.
S’appuyant sur les dispositions constitutionnelles, Denis Mukwege rappelle que « aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’attribuer la souveraineté nationale, qui appartient au peuple ». Il critique également les spéculations autour d’un éventuel report des élections prévues en 2028 pour des raisons sécuritaires, affirmant que les mêmes contraintes rendraient impossible l’organisation d’un référendum constitutionnel.
Dans sa déclaration, il dénonce par ailleurs les contradictions de certains acteurs politiques qui combattaient toute révision constitutionnelle il y a moins de dix ans mais militeraient aujourd’hui pour modifier la même Constitution. Il fustige également ceux qui dénoncent une prétendue « Constitution des étrangers » tout en « bradant les minerais stratégiques » du pays à des puissances étrangères.
Pour Denis Mukwege, le problème de la RDC ne réside pas dans les textes légaux mais dans la gouvernance. « Notre pays a un très sérieux problème, non pas de textes légaux inadaptés ou imposés de l’extérieur, mais plutôt de femmes et d’hommes capables de le gouverner efficacement », affirme-t-il, évoquant la nécessité d’assurer « la paix, la justice, le travail et la dignité pour tous ».
Face aux risques d’instabilité institutionnelle, le prix Nobel exprime sa « profonde préoccupation » devant ce qu’il considère comme un mépris des principes démocratiques par la majorité présidentielle. Il redoute qu’un débat sur la modification du contrat social n’entraîne « une crise politique sérieuse » et des tensions susceptibles de menacer la cohésion nationale.
L’ancien candidat à la présidentielle appelle ainsi les Congolais à se réapproprier la Constitution et à concentrer les efforts nationaux sur les « priorités existentielles du pays », notamment la fin de la guerre dans l’Est et la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.
Citant les articles 219 et 220 de la Constitution, Denis Mukwege souligne qu’« aucune révision ne peut intervenir pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège » et que « le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ».
En conclusion, il appelle les « forces vives du pays » à « ne pas sacrifier la République » et exhorte les Congolais à rejeter « toute tentative de dérive autoritaire ». « Réaffirmons notre volonté commune de bâtir, au cœur de l’Afrique, un État de droit et une Nation puissante et prospère », déclare-t-il, avant de lancer : « Touche pas à ma Constitution ! »
Tenplar Ngwadi
