La procédure judiciaire visant l’activiste Nathanaël Onokomba Shako a connu une nouvelle étape le 3 avril 2026 devant le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Gombe, siégeant à la prison militaire de Ndolo à Kinshasa. Poursuivi pour « apologie du terrorisme », cet ancien proche de l’opposant et candidat à la présidentielle Seth Kikuni conteste les faits qui lui sont reprochés à travers ses avocats.
À l’issue de l’audience, Me Godefroid Mwanabwato a indiqué que les débats ont essentiellement porté sur des questions de forme. La défense a notamment soulevé l’incompétence de la juridiction militaire pour juger un civil non armé, estimant que les faits reprochés relèvent de l’expression d’opinions sur la gestion du pays.
Les avocats ont également dénoncé ce qu’ils qualifient de dérive du Conseil National de Cyberdéfense, accusé d’outrepasser ses prérogatives en se transformant en instrument de répression. En parallèle, une demande de mise en liberté provisoire a été introduite, la défense soutenant que leur client ne présente aucun risque de fuite et devrait comparaître en homme libre.
Le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Gombe a pris l’affaire en délibéré et devrait se prononcer dans les prochains jours par un jugement avant dire droit, notamment sur la recevabilité des exceptions soulevées.
L’affaire s’inscrit dans un climat marqué par une surveillance accrue des discours publics et des activités en ligne en République démocratique du Congo. Ces dernières années, plusieurs activistes et acteurs politiques ont été interpellés pour des faits liés à leurs prises de position, souvent au nom de la sécurité nationale et de la lutte contre la désinformation.
Le recours à la justice militaire pour juger des civils demeure particulièrement controversé. Des organisations de défense des droits humains dénoncent régulièrement une pratique contraire aux principes d’un procès équitable, plaidant pour que les juridictions civiles restent seules compétentes en matière de libertés publiques.
Entre sécurité et libertés publiques
Le cas de Nathanaël Onokomba Shako relance ainsi le débat sur l’équilibre entre impératifs sécuritaires et respect des libertés fondamentales. Si les autorités mettent en avant la nécessité de lutter contre toute forme de discours susceptible d’encourager la violence, la défense, elle, insiste sur la protection de la liberté d’expression, pilier d’un État démocratique.
La décision attendue du tribunal militaire pourrait donc constituer un précédent important quant à la compétence des juridictions militaires et à la gestion des infractions liées à l’expression publique dans le pays.
La Gazette du Continent
