Dans une analyse publiée le 9 mai 2026, MacDon Kabu-dia-Nzambi dresse une lecture critique du Rapport annuel 2025 de Rawbank, mettant en lumière les performances remarquables de la première banque de la République Démocratique du Congo, tout en questionnant son impact réel sur la souveraineté économique nationale.
Avec un bilan estimé à 6,82 milliards de dollars américains et un rendement des capitaux propres (ROE) de 36,17 %, Rawbank confirme sa position dominante dans le secteur bancaire congolais. La banque affiche également une progression de 10 % de ses crédits, évalués à 2,29 milliards USD.
Cependant, derrière ces résultats jugés “exceptionnels”, l’analyse souligne une contradiction majeure de l’économie congolaise qui demeure structurellement sous-financée. Les crédits accordés par Rawbank représenteraient à peine 2,47 % du PIB national, dans un pays où le financement global du secteur privé reste limité à environ 11,6 % du PIB, bien en dessous de la moyenne africaine estimée à 25 %.
Soutien affiché aux PME, mais manque de transparence
Dans son rapport, Rawbank met en avant son engagement envers les petites et moyennes entreprises, affirmant avoir financé 9.000 PME et accompagné 3.000 femmes entrepreneures à travers le programme Lady’s First. La banque cite également un partenariat stratégique avec la Société financière internationale (SFI), matérialisé par un prêt syndiqué de 240 millions de dollars américains destiné au financement de 500 PME.
Toutefois, l’auteur estime que ces chiffres restent insuffisants pour mesurer l’impact réel de la banque sur le tissu économique local. Le rapport ne précise ni la part exacte des TPME dans le portefeuille global des crédits, ni les conditions concrètes d’accès au financement. L’absence de données détaillées sur les taux d’intérêt, les garanties exigées ou encore la répartition des crédits par taille d’entreprise alimente les interrogations sur l’accessibilité réelle des financements bancaires pour les entrepreneurs congolais.
Une économie encore dominée par les secteurs extractifs
L’analyse critique pointe également la concentration persistante des financements dans les secteurs miniers, les infrastructures et les activités liées aux grands réseaux commerciaux. Selon l’auteur, le rapport annuel ne fournit aucune ventilation précise des crédits par secteur d’activité, ce qui empêche d’évaluer la part réellement destinée à l’économie productive locale, notamment l’industrie, l’agriculture ou la transformation.
Cette orientation stratégique soulève des inquiétudes quant à la capacité du système bancaire congolais à favoriser l’émergence d’un véritable capitalisme national productif, dans un contexte où l’économie congolaise demeure historiquement dépendante des multinationales et des réseaux économiques étrangers.
La question centrale de la souveraineté économique
Le principal point de critique formulé dans cette analyse concerne l’absence de distinction entre les financements accordés aux entreprises congolaises et ceux bénéficiant à des groupes étrangers ou à des multinationales. Pour l’auteur, cette absence de transparence constitue un obstacle majeur à l’évaluation du rôle réel joué par Rawbank dans le renforcement de la souveraineté économique nationale.
Dans un pays où l’accès au capital reste particulièrement difficile pour les entrepreneurs locaux, une banque de premier plan devrait, selon cette réflexion, contribuer davantage à la consolidation d’une classe moyenne entrepreneuriale congolaise et au développement d’industries locales capables de réduire la dépendance aux importations. Sans données précises sur l’origine des capitaux des bénéficiaires des crédits, il demeure difficile d’affirmer que la banque participe activement à la construction d’un modèle économique plus souverain.
Une rentabilité élevée, mais une faible redistribution des crédits
L’analyse relève également que le ratio Crédit/Dépôt de Rawbank est évalué à 47,77 %, ce qui signifie qu’une part importante des dépôts collectés ne serait pas réinjectée sous forme de crédits dans l’économie réelle.
Paradoxalement, la banque maintient un taux de créances douteuses relativement faible, estimé à 2,82 %, signe d’une gestion rigoureuse du risque. Pour l’auteur, cette prudence financière contribue certes à la stabilité de l’institution, mais limite également sa capacité à jouer pleinement un rôle moteur dans le financement de l’économie productive congolaise.
Des réformes proposées pour soutenir les entrepreneurs congolais
Face à ces constats, plusieurs recommandations stratégiques sont formulées afin de transformer la solidité financière de Rawbank en véritable levier de développement économique. L’auteur préconise notamment une transparence accrue sur la répartition des crédits ; la publication de données détaillées selon la taille des entreprises et la nationalité des capitaux ; la création de produits financiers adaptés aux TPME congolaises ; l’assouplissement des exigences de garanties grâce aux outils numériques et au financement basé sur les flux de trésorerie ; un soutien renforcé à l’agriculture, à l’industrie locale et à la transformation.
L’analyse appelle également le Gouvernement congolais et la Banque centrale du Congo à mettre en place des mécanismes publics de garantie afin de réduire les risques liés au financement des PME. Elle recommande enfin la création de banques de développement sectorielles et l’utilisation stratégique de fonds souverains pour soutenir la transformation structurelle de l’économie congolaise.
Entre réussite bancaire et défis de développement
Au terme de cette étude, Rawbank apparaît comme une institution financière performante et rentable dans un environnement économique complexe. Mais pour devenir, selon l’auteur, un véritable acteur de souveraineté économique, la banque devra dépasser le simple financement des secteurs extractifs et des grands réseaux commerciaux. L’enjeu sera désormais d’orienter davantage de ressources vers les entrepreneurs locaux, les TPME et les secteurs productifs capables de soutenir une croissance inclusive et durable en République démocratique du Congo.
La Gazette du Continent
