Dans les couloirs feutrés de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), un vent de rupture souffle depuis Kinshasa. Alors que Louise Mushikiwabo, actuelle Secrétaire générale, semble s’installer dans la perspective d’un troisième mandat, une figure historique et médiatique vient bousculer l’échiquier : Juliana Amato Lumumba.
Pour de nombreux observateurs, dont l’expert Jean-François Le Dian, ce duel dépasse la simple rivalité de personnes ; il oppose deux conceptions de l’influence africaine dans l’espace francophone.
L’indépendance contre l’allégeance
Le premier clivage est d’ordre politique. Louise Mushikiwabo est souvent perçue comme l’instrument d’une diplomatie rwandaise millimétrée, une « soldate » dont la loyauté envers le palais de Kigali prime sur l’autonomie de l’institution. À l’inverse, Juliana Lumumba avance avec le sceau de l’indépendance. « Elle ne doit rien aux palais, elle n’est la protégée de personne », souligne Jean-François Le Dian.
Cette liberté de parole, Juliana l’a forgée seule. Si son nom claque comme un étendard de la libération africaine, son parcours est celui d’une femme de dossiers : journaliste internationale à Paris, ministre en RDC, et Secrétaire générale de l’Union des Chambres de Commerce Africaines au Caire. Elle n’est pas une candidate de « système », mais une candidate de conviction.
Le poids du géant et la légitimité académique
Sur le plan de la représentativité, l’argument congolais est imparable. La RDC est le premier pays francophone au monde par sa population. Un troisième mandat pour le Rwanda, pays dont les élites ont largement basculé vers l’anglo-saxonisme, apparaîtrait comme une anomalie géopolitique.
Juliana Lumumba incarne cette réappropriation du leadership par le « poumon » de la Francophonie. Diplômée des prestigieuses universités de Paris et de Louvain, elle prépare actuellement, à plus de soixante-dix ans, une thèse de doctorat. Une soif d’apprendre qui nourrit son programme : « Neuf projets neufs pour une Francophonie neuve ». Sa vision ? Une organisation centrée sur la solidarité, l’innovation technologique, la jeunesse et, surtout, la souveraineté.
La résilience contre l’instrumentalisation de la mémoire
C’est peut-être sur le terrain de l’éthique et de l’histoire que le contraste est le plus saisissant. Louise Mushikiwabo reste associée à un régime qui a fait de la mémoire une arme diplomatique parfois perçue comme ethnicisée et instrumentalisée. Juliana Lumumba, elle, porte une mémoire universelle et apaisée.
Orpheline à 5 ans, elle a traversé l’exil et les tourmentes politiques sans jamais céder au ressentiment. Lors du retour des reliques de son père en 2022, elle a montré au monde le visage d’une Afrique qui assume son histoire, qui pardonne par les faits et qui avance avec une dignité souveraine. « Elle incarne une résilience transformatrice, loin de la victimisation », observe Le Dian.
Le choix de la « Francophonie des peuples »
Pour les partisans de la candidate congolaise, le choix est clair : d’un côté, une gestion technocratique liée aux intérêts d’un seul État ; de l’autre, une vision inspirante portée par une figure qui rassemble les générations et les géographies.
Juliana Amato Lumumba ne propose pas seulement une gestion de l’OIF, elle propose une incarnation. Celle d’une Afrique fière, qui ne regarde plus le passé comme un boulet, mais comme un socle pour bâtir une Francophonie libre et digne. Face au statu quo, elle représente le renouveau nécessaire pour une organisation en quête de sens. Pour la RDC et pour l’espace francophone, le message est limpide : l’heure de la souveraineté a sonné.
Tenplar Ngwadi
