Les « Immortels » ont tranché. Réunis en séance le jeudi 29 janvier 2026 pour délibérer, les membres de l’Académie française ont porté Boualem Sansal au fauteuil numéro 3, celui de l’avocat Jean-Denis Bredin, disparu en 2021. L’écrivain franco-algérien a été élu avec une majorité écrasante de 25 voix sur 26, rapporte Le Figaro.
Il devient ainsi le 746e immortel de l’institution tricolore. Six prétendants étaient en lice pour ce siège, mais Boualem Sansal, qui s’était déclaré à la dernière minute le 8 janvier, était de loin le plus connu. Cette élection met fin à une période de vacance pour ce fauteuil, après un premier vote infructueux le 11 décembre dernier où aucun candidat n’avait obtenu la majorité.
Du cachot à la Coupole
À 81 ans, Boualem Sansal rejoint un cercle prestigieux qui compte actuellement 35 membres (cinq sièges restant vacants), parmi lesquels Amin Maalouf, Jean-Christophe Rufin, Sylviane Agacinski, Chantal Thomas ou encore Erik Orsenna.
Cette élection intervient dans un contexte personnel particulièrement chargé pour l’écrivain. Le 16 novembre 2024, la vie de cet ex-fonctionnaire algérien avait basculé lors de son arrestation à Alger, en provenance de Paris. Accusé d’« atteinte à l’unité nationale » suite à des déclarations sur l’Algérie et le Maroc dans le média Frontières, il avait été condamné à cinq ans de prison avant de bénéficier d’une grâce du président Abdelmadjid Tebboune. Libéré le 12 novembre, il avait reçu le prix mondial Cino del Duca de l’Académie le 4 décembre.
« Je goûte à la liberté », a-t-il confié ce lundi à Strasbourg en recevant la médaille de la ville. « Je suis un peu euphorique parce que je goûte à la liberté, des petites choses. […] Vous n’imaginez pas comme les petites choses sont de grands plaisirs. »
Auteur d’une trentaine d’ouvrages (romans, nouvelles, essais) depuis 1999, Boualem Sansal est une figure intellectuelle de premier plan. Athée revendiqué et critique féroce du pouvoir à Alger ainsi que des mouvements jihadistes, il s’est illustré avec des œuvres marquantes telles que Rue Darwin, Le Village de l’Allemand ou Vivre.
En 2015, il avait déjà reçu le Grand prix du roman de l’Académie française pour 2084. La fin du monde, une dystopie inspirée d’Orwell. Plus récemment, dans son essai Le français, parlons-en ! (2024), il plaidait pour une redéfinition de nombreux termes de la langue française.
Fondée en 1635 par le cardinal de Richelieu, l’Académie française a pour mission de fixer les règles de la langue, d’en assurer la pureté et de rédiger le dictionnaire. L’élection au fauteuil requiert la majorité absolue des suffrages.
Le nouvel académicien sera prochainement intronisé lors d’une cérémonie à huis clos. À cette occasion, il recevra l’habit vert brodé de rameaux d’olivier et l’épée traditionnelle, rejoignant les rangs des récents élus comme Florian Zeller et Éric Neuhoff.
Tenplar Ngwadi
