De son vrai Simon Lutumba Ndomanueno, est mort le 30 mars 2019 à Paris, à l’âge de 81 ans.
Celui qu’on surnommait le poète avait commencé sa carrière musicale en 1958, il travaillait avant à la firme SEDEC ( Société d’entreprise commerciale du Congo Belge). Il débute à Micra Jazz, en 1959, il intègre avec Jean Kwamy Munsi, Congo Jazz de Gérard Madiata, au sein de cet orchestre, il s’affirme doucement et compose “Simarocca”, sa première œuvre aux éditions Esengo avant d’en produire deux autres à savoir «Muana etike» et «Lisolo ya ndaku» avant d’intégrer l’OK Jazz en 1961, toujours avec Jean Kwamy Munsi, quand Gerard Madiata va en Europe. Et il va y rester jusqu’à la mort de Luambo Makiadi Franco.
Il construit vraiment sa vie professionnelle dans l’OK Jazz , il épouse sa femme Hélène Kelani en 1972, le docteur Niko Kasanda sera son parrain de mariage. Éternel numéro 2, il sera vice-président de l’OK Jazz. Pendant de nombreuses années, Simaro a été vice-président du groupe et dirigé le groupe seul pendant des longues absences de Franco en Europe dans les années 1980. Il se singularisera en apportant sa touche personnelle et des chansons poétiques, il n’avait pas une belle voix ; ce que lui-même avait déclaré lors d’une émission à la télévision comparant sa propre voix à celle d’un crapaud. Lutumba Ndomanueno a été un monstre sacré de la musique, virtuose de la guitare , il fut l’un des meilleurs compositeurs du Congo, après Tabu Ley. On lui doit plusieurs chansons d’anthologie , des classiques , de véritables chefs-d’œuvre dans l’histoire de la rumba congolaise.
On peut citer pêle-mêle : Maya, Verre cassé , Fifi Nazali Innocent , Ebale ya Zaïre, Testament Bowule, Kadima, Faute ya commerçant, Eau bénite , Cœur artificiel, etc…
« Mokolo na kokoma mobange Masivi, nayebi nakotambola na nzete na bala-bala… » chantait Lutumba dans « mabele » interprété par Sam Mangwana « Mabele » un véritable succès ce qui lui a valu le surnom de poète Simaro Masiya (le messie) ou dans Ebale ya Zaïre « Masuwa ekonana loseba ebeti,Masuwa ekonana bolingo pe enani,Masuwa ebungi e na kati ya londende, Bolingo pe ebungi e na kati ya londende Ngai na libongo naleli yo Mbole », une chanson dédiée à son amie Jeanine Mbole « Zuani », sa source d’inspiration.
« Kombo y’a Mbole matoyi emesana dit zuani oh » « Chérie okendaka malamu mbole oooeeee nazali se kozela mokolo masuwa ekozonga ». En composant cette chanson, Simaro exprimait un chagrin d’amour, une blessure, un général très puissant à l’époque-la rumeur parle du général Bumba-, courtisait sa dulcinée et l’aurait emenée loin de la capitale en bateau. Impuissant et sans ressources financières, le poète utilisa sa seule arme pour reconquérir son amour : la poésie, la chanson. Dans « Mabele », l’artiste immortalisa de nouveau Jeanne Mbole, une chanson empreinte d’un profond questionnement sur la mort : « Basusu na bisengo, basusu na mawa wapi Mbole ».
Après la mort de Franco Luambo Makiadi en 1989, hérite l’Ok jazz. Il rencontre la famille de Luambo Makiadi et accepte de partager les revenus de 70% à 30% avec la famille. Simaro s’occuperait des musiciens et la famille des avocats, des maisons de disques et des autres intervenants techniques. Suite à un désaccord avec la famille Luambo, Lutumba Simaro, en compagnie de Josky Kiambukuta, Ndombe Opetun, Gerry Kialungana, créent au début de l’année 1994 l’orchestre dénommé Bana Ok. Une année avant son décès ,le poète Lutumba met fin à sa carrière musicale et choisi l’artiste Manda Chante comme son successeur pour diriger l’orchestre Bana Ok. Cette décision impopulaire suscitera la colère des musiciens de Bana OK. Malade , il meurt le 30 mars 2019, à Paris , à l’âge de 81 ans.
Jean-Claude Mombong Mass
