Des irrégularités présumées entachent plusieurs projets financés par le Fonds pour la réparation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO) à Kisangani dans la province de la Tshopo.
Entre chantiers à l’arrêt, écarts financiers et soupçons de surfacturation, la justice a ouvert des enquêtes pour faire toute la lumière.
Des projets emblématiques au cœur des soupçons
Des soupçons de malversations financières pèsent sur plusieurs ouvrages réalisés à Kisangani grâce au FRIVAO, selon des sources concordantes relayées par l’Agence Congolaise de Presse (ACP). Parmi les projets concernés figurent la réhabilitation du Jardin zoologique et botanique ainsi que l’aménagement du mémorial des victimes de la guerre des six jours. Ces initiatives étaient censées matérialiser les réparations collectives en faveur des populations affectées par ce conflit meurtrier survenu en juin 2000, opposant les armées rwandaise et ougandaise dans la ville.
Un chantier à l’arrêt malgré des taux d’exécution avancés
Financé à hauteur de 4 millions de dollars américains en janvier 2024, le projet de réhabilitation du Jardin zoologique et botanique accuse un retard considérable.
En visite sur le site, le ministre d’État, ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a constaté que les travaux sont quasiment à l’arrêt, en dépit d’un taux d’exécution estimé à 80 % selon l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN). Le projet prévoyait notamment la transformation de six anciennes habitations en villas touristiques, la construction d’un restaurant, d’une maison d’accueil et d’une aire de jeux. Mais sur le terrain, les avancées restent peu visibles, alimentant les interrogations sur la gestion du chantier.
Le chef du site, François Matala, évoque un projet structuré en plusieurs axes, incluant les infrastructures touristiques, administratives ainsi que la restauration de la faune et de la flore, tout en confirmant un niveau d’exécution global estimé à 80 % pour la première phase.
Le mémorial des victimes entaché de soupçons de surfacturation
Autre projet controversé, c’est le mémorial des victimes de la guerre des six jours, dont les travaux, évalués à environ 700.000 dollars américains, sont à l’arrêt depuis plusieurs mois faute de financement. Sur place, plusieurs anomalies ont été relevées, notamment le décollement de carrelage sur certaines tombes et des finitions jugées insuffisantes. Selon des sources concordantes, le marché aurait connu plusieurs avenants entre janvier et août 2025.
Le président du conseil d’administration du FRIVAO, Dismas Kitenge, dénonce des irrégularités graves, évoquant une possible surfacturation. Il souligne que près d’un million de dollars américains auraient été mobilisés (FRIVAO et FONAREV confondus) pour des travaux dont la qualité et l’ampleur ne justifieraient pas de tels montants. L’entreprise en charge du projet aurait même sollicité des fonds supplémentaires via un nouvel avenant.
La justice en action pour établir les responsabilités
Face à ces soupçons, le Procureur général près la Cour d’appel de la Tshopo a ouvert des enquêtes sur instruction du ministre de la Justice. Le magistrat Albert Musumbe indique que les investigations sont déjà à un stade avancé, notamment la phase réquisitoriale, tout en précisant que certains éléments restent couverts par le secret de l’instruction. Il souligne également que des réaménagements ont été opérés au sein du FRIVAO afin de relancer son fonctionnement, avec la nomination d’un nouveau président du conseil d’administration et la réhabilitation du coordonnateur précédemment suspendu.
Une affaire révélatrice des défis de gouvernance
Les autorités judiciaires assurent leur détermination à faire toute la lumière sur ces dossiers et à sanctionner les éventuels responsables. Cette affaire intervient dans un contexte de renforcement de la lutte contre la corruption en RDC, où la transparence dans la gestion des fonds publics et des mécanismes de réparation reste un enjeu majeur pour restaurer la confiance des populations.
La Gazette du Continent
