Depuis près de quatre ans, le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) traverse une crise financière devenue chronique. Ce qui pouvait être perçu au départ comme une difficulté budgétaire temporaire apparaît désormais comme un mode de gestion préoccupant : laisser l’institution fonctionner sans moyens suffisants, attendre l’aggravation des tensions internes, accorder ponctuellement quelques ressources limitées, puis replonger le régulateur dans l’incertitude.
Au fil du temps, cette situation a profondément fragilisé l’institution. Les agents s’épuisent, les services tournent au ralenti et les missions essentielles du CSAC deviennent de plus en plus difficiles à assurer. Peu à peu, l’organe de régulation des médias perd sa capacité d’action et son autorité institutionnelle.
Une institution stratégique privée de moyens
Le CSAC n’est pourtant pas une administration ordinaire. Institution constitutionnelle d’appui à la démocratie, il joue un rôle central dans la régulation du paysage médiatique congolais. Sa mission consiste notamment à garantir la liberté de la presse, veiller à l’équilibre de l’information, encadrer les pratiques professionnelles dans les médias et prévenir les dérives susceptibles de menacer la cohésion sociale.
Mais une telle mission exige des moyens matériels et financiers constants. Sans budget de fonctionnement, il devient pratiquement impossible d’assurer le monitoring des médias, d’organiser les réunions techniques, de traiter les dossiers, de produire des rapports crédibles ou encore de déployer les équipes sur le terrain. Selon plusieurs sources internes, depuis le début de l’année, l’institution n’aurait reçu aucun financement de fonctionnement. Une situation qui inquiète au regard de l’importance stratégique du secteur que le CSAC est censé encadrer.
Une fragilisation qui interroge
Face à cette précarité persistante, de nombreuses interrogations émergent. Après plusieurs années de difficultés répétées, certains observateurs estiment qu’il ne s’agit plus seulement de retards administratifs ou de contraintes budgétaires classiques. Le maintien prolongé du CSAC dans une situation de dépendance financière soulève la question d’un possible affaiblissement institutionnel. Car l’asphyxie budgétaire agit souvent de manière discrète. Elle ne supprime pas officiellement l’institution, mais réduit progressivement sa capacité d’intervention.
L’organe continue d’exister juridiquement, tout en perdant les moyens concrets d’exercer pleinement ses responsabilités. Dans ces conditions, le risque est de voir émerger un régulateur symbolique, incapable d’imposer son autorité dans un contexte marqué par la multiplication des défis médiatiques, notamment la désinformation, les discours de haine ou encore les manipulations de l’opinion publique.
Un enjeu démocratique majeur
Au-delà des difficultés internes du CSAC, c’est la crédibilité même des institutions démocratiques qui se trouve posée. Il apparaît difficile de défendre publiquement la liberté de la presse tout en privant l’organe chargé de la régulation des médias des ressources nécessaires à son fonctionnement. La consolidation d’un espace médiatique équilibré et responsable suppose un régulateur indépendant, stable et doté de moyens suffisants. Sans cela, la lutte contre les fake news, les abus médiatiques et les dérives communicationnelles risque de rester largement théorique.
L’appel à une prise de responsabilité
Après plusieurs années de crise, les attentes se tournent désormais vers les autorités publiques. Gouvernement, Parlement et Présidence de la République sont appelés à prendre des mesures durables afin de garantir au CSAC un financement régulier, prévisible et conforme à ses missions constitutionnelles. Pour de nombreux observateurs, le débat dépasse désormais la seule question budgétaire. Il concerne la place accordée aux institutions de régulation dans le fonctionnement démocratique du pays. Car une démocratie qui fragilise durablement son régulateur médiatique prend le risque d’affaiblir elle-même l’équilibre et la crédibilité de son espace public.
La Gazette du Continent
