Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, a abordé le 6 mai 2026 à Kinshasa plusieurs sujets sensibles lors de sa conférence de presse face aux médias nationaux et internationaux, notamment la gestion de la ville de Kinshasa, les tensions au sein de l’Union sacrée, les relations avec son prédécesseur Joseph Kabila ainsi que la question de la révision constitutionnelle.
Félix Tshisekedi reconnaît les difficultés de Kinshasa
Interrogé sur l’insalubrité persistante et les embouteillages dans la capitale, malgré plusieurs annonces gouvernementales, le Chef de l’État a reconnu la gravité de la situation. Selon lui, Kinshasa paie aujourd’hui plusieurs décennies d’absence de politique d’urbanisation adaptée à sa croissance démographique. Le Président rappelle que la ville est passée de moins d’un million d’habitants dans les années 1960 à près de 20 millions aujourd’hui, sans infrastructures suffisantes pour accompagner cette explosion. Il a cité plusieurs tentatives déjà engagées pour réduire les embouteillages, notamment les mesures alternées de circulation qui, selon lui, n’ont pas produit les résultats espérés.
De nouveaux agents pour lutter contre les embouteillages
Félix Tshisekedi a annoncé le déploiement prochain de plusieurs milliers d’agents supplémentaires destinés à appuyer la police de circulation, particulièrement dans les grands carrefours de Kinshasa. Le Président affirme que le gouvernement travaille également sur des projets d’extension urbaine afin de désengorger progressivement la capitale.
Concernant l’insalubrité, il dit suivre personnellement le dossier avec le gouverneur de la ville et assure que des partenariats sont en cours pour améliorer le ramassage, le traitement et le recyclage des déchets ménagers. « Je me sens gêné lorsque je reçois des homologues venant de villes plus propres que Kinshasa », a reconnu le Chef de l’État.
Menace de sanctions contre les autorités indisciplinées
Répondant aux critiques sur le non-respect des mesures de circulation par certains officiels, Félix Tshisekedi a averti que tout ministre surpris à rouler en sens interdit pourrait être immédiatement exclu du gouvernement. Le Président a demandé aux journalistes et aux citoyens de signaler les cas précis, notamment les plaques d’immatriculation des véhicules concernés. Il a toutefois rappelé que plusieurs priorités budgétaires ont été réorientées vers l’effort de guerre et la prise en charge des catastrophes naturelles, notamment les inondations et les érosions qui frappent régulièrement Kinshasa.
Les tensions dans l’Union sacrée sont normales
Questionné sur les dissensions internes au sein de l’Union sacrée de la Nation, Félix Tshisekedi a minimisé les tensions entre certains leaders de sa majorité. Le Chef de l’État estime que ces divergences sont normales dans toute organisation politique et qu’elles relèvent davantage de la « cuisine interne ». Il promet néanmoins de réunir les différentes composantes de la plateforme afin de préserver l’unité autour des objectifs communs.
Félix Tshisekedi se dit « déçu » par Joseph Kabila
Interrogé sur la possibilité d’une rencontre avec son prédécesseur Joseph Kabila, le Président congolais a exprimé son profond regret face à l’évolution de leurs relations. Félix Tshisekedi affirme avoir considéré l’alternance politique de 2018 comme une avancée historique pour la démocratie congolaise. Selon lui, Joseph Kabila aurait malheureusement « choisi un autre chemin » en contestant le processus électoral et en quittant discrètement le pays. Le Président accuse également le Front commun pour le Congo (FCC) d’avoir cherché dès 2023 à empêcher la tenue des élections afin d’imposer un dialogue politique.
Les sanctions américaines contre Kabila « ne surprennent pas »
Le Chef de l’État estime que les sanctions américaines visant Joseph Kabila résultent des constats faits par les partenaires internationaux sur la situation en RDC. À son avis, les États-Unis considèrent désormais toute personne entravant les efforts de paix et de stabilité comme une menace à la fois pour la RDC et pour leurs propres intérêts stratégiques dans la région. Félix Tshisekedi assure toutefois qu’il n’éprouve aucune satisfaction personnelle face à cette situation, qu’il qualifie de « gâchis ».
Le débat sur la Constitution relancé
Revenant sur la polémique autour d’une éventuelle révision constitutionnelle, Félix Tshisekedi a rappelé que l’UDPS avait déjà exprimé des réserves sur la Constitution actuelle depuis 2006. Le Président affirme que certaines réformes institutionnelles et judiciaires exigées dans le cadre des partenariats internationaux nécessiteraient des ajustements constitutionnels. Il critique ceux qu’il appelle les « sachants » ou « nyonsologues » qui, selon lui, alimentent des débats émotionnels sans réelle expertise juridique.
« Je ne cherche pas à m’accrocher au pouvoir »
Félix Tshisekedi rejette toute accusation de vouloir préparer un troisième mandat. Le Chef de l’État affirme vouloir avant tout servir le pays et rétablir la paix dans l’Est du pays avant toute autre considération politique. Il estime que la situation sécuritaire actuelle pourrait rendre difficile l’organisation des élections en 2028 si la guerre se poursuit, comparant la situation congolaise à celle de l’Ukraine. « Cette guerre nous a été imposée », a insisté le Président, qui accuse à nouveau le Rwanda de soutenir l’instabilité dans l’Est de la RDC.
Un dialogue conditionné par le retour de la paix
Sur la question du dialogue intercongolais, Félix Tshisekedi s’est dit disposé à échanger avec toutes les forces politiques, y compris certains opposants. Cependant, il refuse qu’un dialogue soit organisé alors que les populations de l’Est continuent de subir les conséquences de la guerre. Le Chef de l’État affirme recevoir régulièrement des appels de Goma et Bukavu de citoyens se sentant abandonnés par Kinshasa. Pour lui, il serait « indélicat » d’organiser un dialogue politique comme si la situation dans l’Est était normale.
Lusambo et les provinces enclavées au cœur des préoccupations
Réagissant aux critiques sur le manque d’investissements à Lusambo, dans le Sankuru, Félix Tshisekedi a reconnu les difficultés d’accès et le sous-développement de plusieurs provinces issues du découpage territorial. Le Président a admis que certaines nouvelles provinces souffrent d’un manque criant de moyens et de viabilité économique..Il a toutefois défendu les programmes de désenclavement et de développement local, notamment le Programme de développement local des 145 territoires (PDL-145T), présenté comme un outil de relance des territoires longtemps abandonnés.
La Gazette du Continent
