Face à la presse nationale et internationale, le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, a défendu le 6 mai 2026 sa stratégie diplomatique dans la gestion de la crise sécuritaire à l’Est de la RDC, tout en revenant sur les accords avec les États-Unis, la réforme de l’armée et le débat autour de la Constitution. « Je ne braderai jamais les richesses du Congo ».
Évoquant les partenariats stratégiques conclus avec les États-Unis, Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité pour la RDC de transformer localement ses minerais afin de créer de la richesse et des emplois. Le Chef de l’État a assuré que ces accords visent notamment le développement énergétique et industriel du pays, avec l’ambition de sortir d’un modèle basé sur l’exportation brute des ressources minières. « Je ne peux pas être ce président qui va brader les richesses de notre pays pour des intérêts personnels ».
Les migrants déboutés des États-Unis accueillis « comme partenaires »
Le Président congolais a parlé d’un « service rendu entre partenaires ». Selon lui, Kinshasa a accepté d’héberger ces personnes à la demande de Washington, à condition qu’il ne s’agisse pas de criminels et qu’ils ne soient pas transférés comme détenus. Félix Tshisekedi a précisé que ces migrants séjournent légalement en RDC grâce à des visas réguliers renouvelables et qu’ils sont libres de quitter le pays à tout moment. Le Président a également rejeté les spéculations autour d’éventuelles compensations financières cachées, affirmant qu’il ne s’agit que d’un geste de coopération entre États partenaires.
Félix Tshisekedi assume le choix de la diplomatie
Interpellé sur sa gestion de la guerre dans l’Est du pays, jugée « trop diplomatique », le Chef de l’État a reconnu avoir privilégié la voie diplomatique dès le début du conflit. Il a expliqué que cette approche résultait notamment de l’état réel des Forces armées de la RDC, qu’il dit avoir découvert progressivement. Le Président a révélé avoir reçu « de fausses informations » sur la capacité opérationnelle de l’armée avant la dégradation de la situation sécuritaire. Selon lui, les FARDC souffraient d’un profond désordre de manque d’équipements, d’absence de logistique, d’infiltration ennemie et de désorganisation interne.
L’armée avait été infiltrée et détruite de l’intérieur
Dans une séquence particulièrement forte, Félix Tshisekedi a affirmé que l’armée congolaise avait été infiltrée par des agents ennemis à la faveur des différents processus de brassage et de mixage issus des accords de paix passés. Il a évoqué une armée « minée de l’intérieur », incapable à l’époque de soutenir efficacement l’effort de guerre. Le Chef de l’État affirme toutefois que des réformes importantes ont été engagées et que l’armée congolaise est désormais « montée en puissance ». De nouvelles recrues sont en formation et plusieurs acquisitions militaires ont été réalisées afin de renforcer durablement les capacités de défense du pays.
La diplomatie comme « une autre arme »
Félix Tshisekedi a défendu l’usage de la diplomatie comme instrument stratégique face à l’agression dans l’Est.bPour lui, solliciter le soutien des partenaires internationaux, notamment les États-Unis, ne constitue pas une faiblesse mais une démarche pragmatique visant à restaurer la paix et sécuriser les investissements futurs. Le Président a rappelé que la guerre entre pays africains reste, selon lui, « inutile », plaidant pour une logique de coopération régionale plutôt que de confrontation permanente.
Processus de paix de Doha continue malgré le transfert en Suisse
Interrogé sur l’évolution des discussions de paix, le Chef de l’État a assuré que le processus de Doha se poursuit malgré la tenue récente des rencontres en Suisse.
Selon lui, ce changement est uniquement lié au contexte sécuritaire au Moyen-Orient et ne signifie pas l’abandon de la médiation qatarie. Le Président a affirmé que plusieurs avancées ont déjà été obtenues, notamment sur le cessez-le-feu et les échanges humanitaires, même si certains engagements ne sont pas encore respectés par la partie adverse.
Le débat constitutionnel « ne doit pas être diabolisé »
Revenant sur la question de la Constitution et de l’éventualité d’un troisième mandat, Félix Tshisekedi a réaffirmé qu’aucune réflexion institutionnelle ne devait être interdite. Le Chef de l’État a estimé que la Constitution actuelle présente plusieurs limites nécessitant une analyse approfondie par des experts. Toutefois, il a insisté sur le fait qu’une éventuelle réforme ne pourrait se faire sans consultation populaire. « Si changement ou révision il doit y avoir, cela se fera par référendum ».
Félix Tshisekedi assure par ailleurs souhaiter terminer ses deux mandats « en laissant un pays sur de bons rails », tout en ajoutant qu’il resterait « à la disposition du peuple » si celui-ci lui demandait de poursuivre son engagement politique.
Le Congo est de retour sur la scène internationale
Le Président congolais a enfin défendu son activisme diplomatique souvent critiqué par ses opposants. Il estime que les nombreux déplacements effectués à l’étranger ont permis de repositionner la RDC sur la scène internationale. « Aujourd’hui, on parle du Congo partout dans le monde », a-t-il déclaré, citant notamment la présence active du pays dans plusieurs forums internationaux et au Conseil de sécurité des Nations unies. Pour Félix Tshisekedi, la RDC est progressivement sortie « du trou noir » dans lequel elle était plongée depuis plusieurs décennies.
La Gazette du Continent
