Le président du Groupe de la Banque africaine de développement (BAD), Dr Sidi Ould Tah, appelle les institutions financières africaines à adapter leurs interventions aux besoins réels des entreprises du continent.
S’exprimant le 3 novembre 2026 à Luanda, en Angola, à l’ouverture de l’Africa Financial Summit (AFIS 2026), il a insisté sur la nécessité de réduire les délais de financement, de simplifier les procédures et de renforcer la coordination entre les acteurs financiers afin d’accélérer la transformation économique de l’Afrique.
La NAFAD pour mieux coordonner les institutions financières africaines
Dans son discours d’ouverture, Sidi Ould Tah a présenté la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD) comme un cadre destiné à renforcer la collaboration entre les institutions financières nationales, régionales et continentales. Cette initiative vise notamment à améliorer la mobilisation des capitaux, à mieux répartir les risques et à rendre l’écosystème financier africain plus efficace au service du développement économique.
Pour le président de la BAD, l’un des principaux obstacles à la croissance du continent réside dans le décalage entre le fonctionnement des institutions financières et les besoins urgents des entreprises. Alors que les établissements financiers travaillent selon des cycles de reporting, des procédures d’instruction et des horizons d’investissement parfois longs, les entreprises doivent répondre rapidement à leurs commandes, respecter les saisons de production et préserver leurs compétences.
Selon lui, cette lenteur institutionnelle entraîne des pertes d’opportunités économiques, freine la création d’emplois et pénalise notamment les petites et moyennes entreprises (PME). Il a ainsi appelé les institutions financières à simplifier leurs procédures, à mieux coordonner leurs interventions et à adapter leurs instruments de financement aux réalités du secteur privé.
Mobiliser les capitaux pour soutenir l’économie réelle
Sidi Ould Tah a également insisté sur la nécessité de mieux exploiter les capacités financières disponibles en Afrique, tout en tenant compte des contraintes propres à chaque institution. Il a mis en garde contre une conception de l’ensemble des actifs financiers africains comme de simples liquidités immédiatement mobilisables. Ces ressources appartiennent à des institutions ayant des obligations, des propriétaires et des horizons d’investissement différents.
La NAFAD doit donc permettre de créer des synergies entre les différents acteurs, dans le respect de leurs mandats et des principes de subsidiarité et de complémentarité. Prenant également la parole à l’ouverture du sommet, le ministre d’État angolais chargé de la Coordination économique, José de Lima Massano, a souligné que la transformation économique du continent dépendait de la qualité, de la profondeur et de l’efficacité de ses systèmes financiers.
Il a appelé au renforcement des capacités de mobilisation des ressources des institutions financières multilatérales africaines ainsi qu’à une meilleure coordination avec les systèmes financiers nationaux. De son côté, Makhtar Diop, directeur général de la Société financière internationale (SFI), a évoqué les partenariats développés avec plusieurs institutions africaines, notamment la Banque africaine de développement, Afreximbank et la Banque de développement de l’Afrique australe (DBSA).
Il a également indiqué que la SFI était en discussion avec des fonds souverains africains et des investisseurs institutionnels afin de mobiliser des financements à long terme pour les secteurs productifs.
Le secteur privé appelé à participer aux réformes
Makhtar Diop a par ailleurs proposé la création, dans chaque pays africain, d’un conseil du secteur privé chargé de conseiller les gouvernements sur l’application des lois et d’identifier les domaines nécessitant des mesures correctives rapides.
Cette proposition vise à renforcer le dialogue entre les pouvoirs publics et les entreprises, afin de créer un environnement plus favorable à l’investissement et à la croissance.
La BAD mise sur des résultats concrets
Abordant la question du dividende démographique, le président de la Banque africaine de développement a estimé que l’Afrique ne devait pas considérer cet avantage comme automatiquement acquis. Pour Sidi Ould Tah, sa concrétisation passe nécessairement par des investissements conséquents dans l’éducation, le développement des compétences et la création d’emplois productifs au bénéfice d’une population majoritairement jeune. Il a également annoncé que son institution poursuivait la simplification de ses procédures internes, afin de rendre plus lisibles les exigences imposées aux clients, les responsabilités de chaque intervenant et les délais de prise de décision.
Le président de la BAD a enfin invité les partenaires à évaluer son institution sur sa capacité à produire des résultats mesurables, aussi bien dans l’exécution des projets que dans l’amélioration des conditions de vie des populations.
Partenaire majeur de l’AFIS 2026, organisé les 3 et 4 novembre à Luanda, le Groupe de la Banque africaine de développement a également animé une session parallèle consacrée au thème : « Tirer le meilleur parti de la NAFAD pour stimuler l’économie réelle africaine ». Les échanges ont notamment porté sur la mobilisation des capitaux, l’amélioration de la préparation des projets et l’accélération de leur mise en œuvre. L’objectif affiché est de faire en sorte que les ressources financières africaines se traduisent davantage en investissements productifs, en emplois et en croissance économique.
La Gazette du Continent
