À l’approche de la Journée internationale du théâtre, célébrée le 27 mars de chaque année, le président de l’Association nationale de théâtre populaire et cinéma (ANTPC), Ndungi Mambimbi, connu sous le sobriquet de Masumu Debrindet, dresse l’état des lieux du théâtre et du cinéma populaire en République Démocratique du Congo.
Il annonce également l’organisation d’une soirée de gala au Musée national de la République Démocratique du Congo pour marquer cette journée.
Quel bilan pour le théâtre et le cinéma congolais aujourd’hui ?
Le bilan est mitigé. Les artistes évoluent dans des conditions difficiles, sans véritable subvention de l’État. Malgré cela, ils se battent pour produire et diffuser régulièrement des œuvres, notamment des épisodes de séries de près de 45 minutes chaque semaine sur certaines chaînes de télévision.
Même si la qualité n’est pas toujours celle que l’on souhaiterait, il faut saluer les efforts des comédiens et réalisateurs congolais. Notre association, l’ANTPC, travaille justement à encadrer les artistes afin que leurs productions ne se limitent pas au divertissement, mais transmettent aussi des messages d’éducation et de conscientisation.
Certaines troupes y parviennent déjà, mais d’autres doivent encore être orientées pour comprendre la noblesse de cette mission. Pour nous, l’art est un moyen de contribuer au développement du pays.
Que prévoyez-vous pour la célébration du 27 mars ?
Le 27 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale du théâtre, l’ANTPC organise une soirée de gala qui réunira de nombreux artistes. Plusieurs activités sont prévues : des exposés, des témoignages, mais aussi des prestations artistiques.
Le public pourra assister à des prestations musicales, des one-man shows et des séquences théâtrales. Nous aurons également la participation de la ministre de la Culture, Yolande Elebe, qui prendra la parole lors de cette soirée.
Les artistes congolais se sentent-ils marginalisés comme dans d’autres secteurs ?
C’est un constat partagé. Beaucoup de Congolais se sentent marginalisés dans différents domaines, et les artistes ne font pas exception. Malgré cela, nous refusons d’abandonner notre pays.
Certains artistes ont choisi de s’installer à l’étranger, mais d’autres, comme nous, continuent de se battre ici. C’est d’ailleurs l’une des raisons de la création de notre association : aider l’artiste du théâtre et du cinéma populaire à exister et à vivre de son métier.
Le secteur souffre aussi d’un manque de structures solides de défense des droits des artistes. La Socoda fonctionne difficilement, tandis que la Soneca, qui devait disparaître, existe toujours. Il y a donc un flou dans la gestion des droits.
Pourtant, lorsque nous échangeons avec nos collègues ivoiriens ou nigériens, ils sont étonnés de voir que les artistes congolais travaillent presque comme dans un apostolat. Malgré tout, nous continuons à offrir des loisirs sains à la population et à croire que demain sera meilleur. Nous lançons également un appel au président Félix‑Antoine Tshisekedi afin qu’il soutienne davantage les artistes.
Regrettez-vous l’époque du “théâtre de chez nous” très suivi à la télévision nationale ?
Effectivement, à l’époque, le public était très exigeant. Les artistes avaient un certain niveau et respectaient des critères stricts.
Aujourd’hui, certaines personnes se lancent dans ce métier sans réelle vocation. Il y a même des infiltrations dans la profession. Heureusement, ceux qui ont une véritable vision continuent à produire un travail de qualité. Par exemple, feu Tshirenge Nsana sélectionnait rigoureusement les membres du groupe Salongo. C’est ce qui garantissait la qualité artistique et thématique. À l’époque, lorsque la pièce passait à la télévision nationale, tout le pays suivait.
Peut-on espérer la renaissance de cette grande époque du théâtre ?
Oui, c’est possible. Mais cela exige un travail de conscientisation des jeunes artistes. Ils doivent comprendre que chaque profession possède une éthique et une déontologie.
Un spectacle ne doit pas seulement divertir : il doit aussi instruire. Le public doit avoir le sentiment qu’en manquant une représentation, il perd quelque chose d’important. Les artistes doivent guider la société et non se laisser diriger uniquement par les goûts du public.
Votre message aux artistes, aux autorités et à la population…
Aux artistes, je lance un appel à l’unité. Notre devise à l’ANTPC est claire : « L’unité renforce et fait vaincre ». Malgré les difficultés et l’absence de financement, nous devons rester solidaires et garder espoir.
Aux décideurs, je rappelle que la culture occupe une place essentielle dans le développement d’un pays. L’artiste du théâtre et du cinéma joue un rôle majeur dans le redressement de la société. Les autorités doivent soutenir les talents et favoriser leur épanouissement.
Enfin, à la population, je demande de soutenir ce qui est bon et de rejeter ce qui ne l’est pas. Le public doit rester exigeant, car sa réaction contribue aussi à améliorer la qualité du travail des artistes.
Propos recueillis par Zacharie Mikunga
