« Il est de notoriété publique que, loin de servir exclusivement des finalités positives, les réseaux sociaux constituent de plus en plus des vecteurs de désinformation, d’injures publiques, de discours de haine, de manipulation de l’opinion et d’incitation à la division entre Congolais, portant ainsi atteinte à la cohésion nationale, à l’ordre public et à la stabilité sociale ». C’est le constat fait parle chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi lors du Conseil des ministre du 27 février 2026 à Kinshasa.
Or, rappelle le Président de la République, la RDC s’est dotée d’un Code du numérique qui encadre l’usage des plateformes numériques et prévoit expressément des mécanismes de prévention, de régulation et de répression de ces comportements déviants. Toutefois, cet instrument juridique nécessite d’être vulgarisé, connu et appliqué, tant par le grand public que par certains acteurs institutionnels.
Dans cette perspective, le Président de la République a instruit le ministre d’Etat, ministre de la Justice et Garde des Sceaux ainsi que le ministre de l’Economie Numérique de proposer et de mettre en œuvre, en concertation avec les services concernés, les mesures d’encadrement nécessaires visant à promouvoir un usage responsable, éthique et rationnel des réseaux sociaux, y compris, le cas échéant, des mesures restrictives proportionnées, conformes à la Loi et respectueuses des libertés fondamentales.
Il est également instruit au ministre de la Communication, des Médias et Porte-parole du Gouvernement, en collaboration avec les opérateurs publics et privés des médias, d’assurer la vulgarisation effective et continue du Code du numérique auprès du grand public, à travers des campagnes de sensibilisation adaptées, accessibles et pédagogiques.
Cette action de vulgarisation devra, en outre, cibler les magistrats, sous la coordination du Conseil Supérieur de la Magistrature, afin de garantir une meilleure appropriation de ce cadre juridique et une application effective, cohérente et dissuasive des dispositions pertinentes du Code du numérique.
Par ailleurs, le chef de l’Etat a souligné l’impératif d’une meilleure gouvernance des usages numériques, incluant l’initiation et l’enseignement aux enjeux liés aux réseaux sociaux et à l’intelligence artificielle.
A cet effet, la ministre d’État, ministre de l’Education Nationale et Nouvelle Citoyenneté, la ministre de l’Enseignement Supérieur, Universitaire et Innovations, ainsi que les autres opérateurs du secteur éducatif ont été engagés à s’impliquer activement en vue de l’intégration progressive de modules de formation, de sensibilisation et d’éducation au numérique responsable dans les programmes d’enseignement et de formation.
Un rapport circonstancié d’exécution de l’ensemble de ces instructions, faisant état des actions entreprises, des résultats obtenus et des difficultés éventuelles, est attendu des ministres concernés tous les quinze jours, selon une périodicité régulière, afin d’en assurer le suivi et l’évaluation.
Rachel Kitsita plaide pour un encadrement responsable des réseaux sociaux

La directrice générale de la télévision Actu30, Rachel Kitsita, s’est exprimée en faveur d’une régulation plus rigoureuse du secteur numérique en République démocratique du Congo.
« Je salue cette décision du président de la République, ou du moins son orientation sur l’utilisation abusive des réseaux sociaux. Tout citoyen congolais est préoccupé par ce que nous constatons sur les réseaux sociaux depuis des années. S’il faut prendre des mesures d’encadrement, je ne trouve aucun inconvénient à cela ».
Une loi existante, mais à renforcer
Pour la professionnelle des médias, la problématique ne se limite pas à l’existence d’un cadre légal.
« C’est vrai qu’il y a une loi sur le numérique. Mais il faut qu’il y ait des mesures d’accompagnement pour la mise en application de cette loi. Cette mesure ne devrait pas être considérée comme une atteinte à la liberté d’expression. C’est beaucoup plus une question de mœurs. Qui ne constate pas les dérapages que nous vivons sur TikTok, sur Facebook ? Il faudrait que les choses soient claires et qu’on arrête cette hémorragie ».
Un appel à l’action de l’État
Face aux excès observés sur les plateformes numériques, elle estime que la situation devient préoccupante. « C’est devenu invivable en République démocratique du Congo ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Tout cela, c’est parce que l’État ne sait pas contrôler ses citoyens. Il y a une cellule sur la cybercriminalité qui doit faire ce travail de mettre la main sur tous les bandits numériques ».
« Comme il n’y a pas de réaction, ça devient une foire où tout est permis. Je crois qu’il est temps qu’on prenne la mesure du danger qui nous guette demain. Sinon, il sera impossible d’éduquer nos enfants. Les réseaux sociaux sont devenus un grand danger pour la République démocratique du Congo ».
Sanctionner les abus sans viser les journalistes
Tout en appelant à l’application stricte de la loi, Rachel Kitsita insiste sur la nécessité de rétablir l’ordre. « Il est presque temps de mettre de l’ordre, de faire appliquer la loi et de rappeler aux citoyens congolais que tout est permis, mais tout n’est pas utile. À tout moment, l’État peut se réveiller et mettre la main sur les bandits numériques potentiels et sanctionner s’il y a dérapage. Mais puisqu’il y en a, il faut sanctionner. Et moi, je suis d’accord à ce sujet ».
Elle tient néanmoins à préciser que cette orientation ne doit pas être interprétée comme une mise en cause des professionnels des médias. « Les journalistes ne doivent pas considérer qu’ils sont les premières personnes que le Président de la République pointe du doigt. Cela n’a rien à voir avec le professionnalisme. Je pense qu’il s’agit d’une question de mœurs et qu’il faudrait rétablir de l’ordre là-dessus. Voilà mon point de vue ».
Zacharie Mikunga
