Une délégation du ministère de l’Éducation et de l’UNICEF a visité, le 27 février 2026, l’École Sifa à Kinkole afin d’évaluer l’application de l’approche TARL. L’idée est de regrouper les élèves par niveau de difficulté. Grâce à cette méthodologie, l’enseignant peut être plus précis dans son enseignement et diversifier ses méthodes pédagogiques.
Au total, 470 enseignants ont été formés à cette méthode pour mettre en pratique cette approche. Plus de 20 000 élèves ont été évalués.
« Nous sommes venus visiter deux écoles qui appliquent la méthodologie TARL, un acronyme anglais de Teaching at the Right Level, enseigner au bon niveau. Il faut comprendre le niveau qui correspond aux enfants. Nous avons des niveaux très hétérogènes. Tous les enfants supposés être dans une même classe n’ont pas forcément le même niveau. L’idée est de regrouper les élèves par niveau de difficulté afin que l’enseignant puisse être précis dans son cours et diversifier ses méthodologies », a déclaré Dora Muanda, conseillère chargée des évaluations, réformes et innovations au cabinet de la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale.
Elle s’est dite émerveillée par la prestation des enseignants, estimant qu’ils ont été bien formés et qu’ils sont engagés. Ils ont pris cette méthodologie au sérieux et l’appliquent du mieux qu’ils peuvent dans les conditions qui sont les leurs. Elle a également salué l’engagement des élèves, qui étudient dans des conditions difficiles. Ces derniers sont regroupés en grand nombre dans des salles peu éclairées et mal aérées. Toute l’équipe pédagogique ainsi que les élèves sont à féliciter.
Ce qui reste à faire, c’est d’augmenter le nombre d’enseignants initiés à cette méthodologie, de perfectionner ceux qui le sont déjà et de les accompagner. La prochaine étape consiste à apprendre à évaluer en tenant compte de cette méthodologie. Il s’agit d’un projet pilote, puisqu’il n’est pas encore officiellement inscrit parmi les méthodologies d’enseignement congolaises.
« Nous sommes en train de réformer la formation initiale et continue des enseignants. D’ici deux ans, pour enseigner, il faudra passer par les Instituts de formation aux métiers de l’enseignement (IFME). C’est dans ces instituts que nous formerons initialement les enseignants et que nous devrons choisir les méthodologies d’enseignement », a-t-elle ajouté.
Conditions d’apprentissage difficiles
En entrant dans les salles, les visiteurs ont ressenti la chaleur. Lorsqu’on pense à ces enfants qui étudient dans ces conditions au quotidien, il serait souhaitable que la communauté éducative se réunisse afin de réfléchir à des solutions pour résoudre le problème de la chaleur et du manque de lumière. « Les enfants qui apprennent dans cette absence de lumière chaque jour pendant toute une année, je pense à l’impact que cela pourrait avoir sur leur vision », a déclaré l’expert de l’UNICEF.
La communauté est appelée à trouver une solution endogène, qui constituerait l’une des réponses à long terme. L’amour que les parents portent à leurs enfants doit se refléter dans les conditions dans lesquelles ils apprennent, étant donné qu’ils passent plus de temps à l’école qu’à la maison.
« C’est grâce à l’UNICEF que nous avons obtenu cette approche TARL. L’UNICEF nous appuie matériellement et financièrement. À la fin de nos formations, nous avons constaté des failles au niveau des élèves en ce qui concerne nos évaluations formatives. Pour y remédier, l’UNICEF a pensé à cette approche TARL, qui consiste à déceler les difficultés rencontrées par l’élève lors de son apprentissage afin d’intervenir immédiatement et mettre tous les enfants d’une même classe sur la même longueur d’onde », a souligné le directeur provincial Perro Konampungu.
Il a sincèrement remercié l’UNICEF pour cet accompagnement. Cette approche est actuellement en phase expérimentale dans cette province éducationnelle. Si les résultats escomptés sont atteints, elle sera implantée dans toutes les écoles de la province éducationnelle de Kinshasa Plateau, puis éventuellement dans l’ensemble de la ville-province de Kinshasa et dans les autres provinces éducationnelles du pays.
L’inspecteur provincial adjoint chargé de la formation, Mattieu Bato, a indiqué que cette activité a pris comme point de départ des expériences menées en Somalie, au Népal, au Cameroun et au Burundi. Ce programme a installé plusieurs antennes dans cette province éducationnelle, notamment au Plateau, à N’Sele I et à N’Sele II. Au total, 54 écoles utilisent cette approche.
« À ce jour, l’approche TARL se porte à merveille. Elle s’organise, gagne du terrain et est en train de séduire les élèves », a-t-il affirmé.
L’évolution de cette méthodologie
Cette méthode a été officiellement lancée au début du mois d’octobre 2025 à Kinshasa. Après la formation des inspecteurs, ce fut au tour des enseignants, répartis sur plusieurs sites à Kinshasa (site de Ndombe : 200 enseignants ; site de Kinkole : 140 enseignants ; site de Daipn ; site de Maluku à Mbakana).
Au total, 470 enseignants ont été formés afin de mettre rapidement en pratique cette approche. Une évaluation initiale a été réalisée le 6 janvier 2026. Cette méthodologie a permis d’évaluer 20 381 élèves dans le cadre de l’approche TARL. Pour garantir son efficacité, 54 directeurs d’écoles ont été impliqués, ainsi que 17 conseillers d’enseignement et des sous-coordinateurs, afin d’éviter toute contradiction. Les organisateurs ont voulu impliquer tous les acteurs pour assurer la réussite du programme. L’objectif est de l’étendre à travers le pays.
Dans le domaine de l’enseignement, TARL signifie Teaching at the Right Level, ce qui veut dire en français : « Enseigner au bon niveau ». Il s’agit d’une approche pédagogique qui consiste à évaluer le niveau réel des élèves (notamment en lecture et en mathématiques), à les regrouper selon leurs compétences réelles et non selon leur classe officielle, puis à adapter l’enseignement à leur niveau afin de combler les lacunes de base.
Cette méthode a été développée et popularisée par l’ONG indienne Pratham et est aujourd’hui utilisée dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie pour améliorer les apprentissages fondamentaux.
En résumé, TARL consiste à enseigner chaque élève selon ce qu’il sait réellement faire, et non uniquement selon son année scolaire.
Zacharie Mikunga
