Invité, vendredi, du Space Live animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, le professeur de science politique Bob Kabamba Kazadi a livré une lecture critique du dialogue national inclusif annoncé par le président Félix-Antoine Tshisekedi. Pour cet universitaire, spécialiste des processus de démocratisation et des systèmes électoraux dans les États fragiles, cette initiative s’explique avant tout par les enjeux liés à l’élection présidentielle de 2028.
Enseignant à l’Université de Liège depuis 2001, Bob Kabamba estime que l’idée d’un dialogue entre Congolais n’est pas nouvelle. Selon lui, cette recommandation a été formulée à plusieurs reprises par différents partenaires internationaux dans le but de favoriser une solution politique aux crises que traverse la République démocratique du Congo, notamment celle qui affecte l’est du pays.
L’analyste rappelle que cette option a été évoquée lors de rencontres organisées dans plusieurs capitales africaines, européennes, asiatiques ainsi qu’aux États-Unis. Il souligne également que cette recommandation a été portée dans plusieurs enceintes internationales, notamment aux Nations unies, à l’Union africaine, ainsi qu’au sein d’organisations régionales telles que la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
D’après lui, les autorités congolaises n’avaient jusque-là jamais donné une suite favorable à ces appels, se limitant à des réponses qui, selon son analyse, ne répondaient pas véritablement aux attentes exprimées par ces partenaires.
Pour Bob Kabamba, le moment choisi pour annoncer ce dialogue est loin d’être anodin. Il s’interroge sur les raisons qui ont conduit le pouvoir à changer de position au mois de juillet 2026, en convoquant les représentants des confessions religieuses afin de leur annoncer l’organisation d’un dialogue national inclusif.
L’universitaire estime que cette décision doit être rapprochée de la feuille de route publiée par la Commission électorale nationale indépendante (CENI), qui fixe les différentes étapes du processus électoral devant conduire aux scrutins prévus en 2028. Selon son analyse, le délai restant avant la fin du mandat présidentiel serait insuffisant, dans les conditions actuelles, pour permettre l’organisation des élections dans les délais prévus.
À partir de ce constat, Bob Kabamba identifie deux scénarios qui pourraient, selon lui, se présenter en cas de non-tenue des élections. Le premier consisterait à modifier le cadre constitutionnel empêchant un troisième mandat présidentiel. Il évoque, à ce sujet, l’hypothèse d’une rupture de l’ordre constitutionnel ou le recours à une loi référendaire, qu’il qualifie d’anticonstitutionnelle, tout en estimant qu’elle poursuivrait le même objectif.
Le second scénario, poursuit-il, viserait à encadrer la période correspondant à la fin du mandat présidentiel afin d’éviter les tensions institutionnelles susceptibles de survenir, à l’image de celles observées lors de la fin du mandat de l’ancien président Joseph Kabila.
C’est dans cette perspective que le professeur situe le dialogue national annoncé par le chef de l’État. Selon son analyse, cette initiative constituerait avant tout un mécanisme destiné à gérer la transition vers l’échéance de 2028 plutôt qu’une réponse aux différentes crises politiques et sécuritaires auxquelles le pays est confronté.
« Ce dialogue n’est qu’un outil pour espérer passer le cap de 2028 », a conclu Bob Kabamba Kazadi, résumant ainsi son interprétation des motivations ayant conduit à l’annonce de ce processus politique.
Keno M.
