Le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU et chef de la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Congo (MONUSCO), James Swan, est arrivé ce vendredi 24 avril 2026 à Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, une ville sous contrôle de la rébellion de l’AFC/M23. Cette visite marque sa première descente sur le terrain depuis sa prise de fonctions à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo.
Arrivé par l’aéroport de Goma, le chef de la MONUSCO poursuit ainsi une tournée dans l’est du pays, après des étapes à Beni et Eringeti, dans le Grand Nord-Kivu, ainsi qu’à Bunia et Fataki, en Ituri.
À son arrivée, James Swan a souligné que cette mission, à l’instar de celle effectuée en février dernier par son adjointe Viviane Van de Perre, s’inscrit dans une démarche essentielle de mise en œuvre du cessez-le-feu. Selon lui, Goma occupe aujourd’hui une place centrale dans les efforts engagés en faveur de la désescalade, de la protection des civils et de l’appui au processus de paix en cours.
« Ma présence ici vise d’abord à rencontrer nos équipes, à écouter leurs analyses, à échanger avec les autorités de facto et à examiner les conditions concrètes dans lesquelles la MONUSCO peut poursuivre son mandat conformément aux résolutions 2773-2025 et 2808-2025 du Conseil de sécurité de l’ONU. Elle est mandatée pour soutenir le cessez-le-feu à travers sa participation et son appui aux mécanismes conjoints élargis de vérification Plus dont je vais rencontrer les membres, ainsi qu’à travers l’action de ses membres et du Joint Intelligence Fusion Cell au cours de mon séjour », a-t-il déclaré.
Cette visite intervient une semaine après les pourparlers de Montreux entre les représentants du gouvernement congolais et de l’Alliance Fleuve Congo–Mouvement du 23 mars (AFC/M23), dans le cadre du processus de Doha. Ces discussions se sont tenues sous la facilitation du Qatar, des États-Unis et de l’Union africaine, avec la Suisse comme pays hôte.
James Swan a salué les avancées enregistrées dans ces discussions, notamment en vue de la signature d’un protocole sur l’accès humanitaire et la protection judiciaire. Il a encouragé les parties à maintenir leur engagement afin de parvenir rapidement à un accord susceptible de mettre un terme au conflit.
Le chef de la MONUSCO a toutefois insisté sur les conditions indispensables à un suivi crédible, sûr et efficace du cessez-le-feu. « Le suivi du cessez-le-feu exige qu’un certain nombre de conditions indispensables soient réunies afin de permettre au mécanisme conjoint élargi de vérification Plus d’opérer de manière crédible, sûre et efficace. Ces conditions comprennent la cessation de l’usage de drones offensifs, la fin du brouillage et de l’usurpation des signaux GPS, la pleine liberté de mouvement du personnel et des moyens de la MONUSCO, ainsi que l’utilisation sûre des aéroports et de l’espace aérien. Nous comptons sur la coopération de tous les belligérants pour avancer », a-t-il affirmé.
Et d’ajouter : « À travers cette visite, nous espérons renforcer la dynamique en faveur de la désescalade, redonner espoir aux habitants de la région et appuyer la mise en œuvre du cessez-le-feu pour une paix durable dans l’Est de la RDC. »
James Swan prend les rênes de la MONUSCO dans un contexte particulièrement délicat, à la suite du renouvellement, pour une année supplémentaire, du mandat de la mission par le Conseil de sécurité des Nations unies, jusqu’au 20 décembre 2026.
Adoptée sous le numéro 2808, cette résolution autorise le maintien d’un effectif maximal de 11 500 militaires, 600 observateurs militaires et officiers d’état-major, 443 policiers et 1 270 membres d’unités de police constituées.
Les priorités stratégiques de la mission restent inchangées : contribuer à la protection des populations civiles dans sa zone de déploiement, mettre en œuvre les objectifs fixés par la résolution 2773 (2025), ainsi que stabiliser et renforcer les institutions de l’État congolais.
Contrairement aux précédents mandats, la résolution 2808 marque toutefois une pause dans le désengagement progressif de la MONUSCO. Cette inflexion s’explique par la dégradation persistante de la situation sécuritaire en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où la mission est appelée à surveiller l’application du cessez-le-feu.
Portée par la France, cette résolution intègre également les nouveaux cadres diplomatiques issus de l’Accord de paix de Washington, signé en juin 2025 entre la RDC et le Rwanda, ainsi que de l’Accord de paix de Doha, conclu en novembre 2025.
Dans ce cadre, la MONUSCO est appelée à jouer un rôle accru dans le soutien à un cessez-le-feu permanent, notamment à travers un mécanisme de suivi et de vérification renforcé.
Le Conseil de sécurité condamne fermement l’offensive menée par le M23 au Sud-Kivu, avec le soutien de la Force de défense rwandaise, en particulier la prise d’Uvira. Il exige que le mouvement rebelle mette immédiatement fin à son offensive et se retire des zones conquises, tout en demandant à la Force de défense rwandaise de cesser tout soutien au M23 et de se retirer du territoire congolais.
Parallèlement, le Conseil exige que les forces armées congolaises mettent fin à tout soutien à certains groupes armés, notamment les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), et poursuivent leur neutralisation conformément aux engagements pris.
L’ensemble des groupes armés actifs dans la région, ainsi que les réseaux qui les soutiennent, sont appelés à renoncer à toute forme de violence et à déposer les armes.
Tenplar Ngwadi
