Dans une analyse consacrée au débat sur un éventuel troisième mandat présidentiel en République démocratique du Congo, Jean-Claude Matumweni Makwala, professeur à l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC), revient sur la comparaison faite par Lambert Mende entre Félix-Antoine Tshisekedi et Franklin Delano Roosevelt, ancien président des États-Unis.
Selon lui, l’argument consistant à s’appuyer sur les quatre mandats successifs de Roosevelt pour défendre la possibilité d’un troisième mandat en RDC ne repose pas sur une lecture conforme du contexte historique américain.
Le professeur rappelle d’abord que Franklin Delano Roosevelt a été élu quatre fois à la présidence des États-Unis, de 1933 à 1945, avant de décéder durant son quatrième mandat. Toutefois, il souligne que cette situation était rendue possible par l’absence, à cette époque, d’une limitation constitutionnelle stricte du nombre de mandats présidentiels aux États-Unis.
La règle limitant le président américain à deux mandats n’a été inscrite officiellement dans la Constitution qu’en 1947, avec l’adoption du 22ᵉ amendement, soit deux ans après la mort de Roosevelt. Pour Jean-Claude Matumweni, cette réalité historique distingue fortement le cas américain de celui de la RDC, où la Constitution en vigueur limite clairement le nombre de mandats présidentiels à deux.
Dans son analyse, il estime également que la Seconde Guerre mondiale ne constitue pas la principale raison ayant conduit Roosevelt à briguer plusieurs mandats. Il rappelle que les États-Unis étaient encore engagés dans une politique d’isolationnisme au début du conflit et que l’entrée officielle du pays dans la guerre est intervenue après l’attaque japonaise contre Pearl Harbor en décembre 1941, soit après la réélection de Roosevelt pour un troisième mandat.
L’auteur attribue plutôt la popularité durable de Roosevelt à son programme économique et social, le « New Deal », lancé dès son arrivée au pouvoir en 1933 dans un contexte marqué par la crise économique de 1929. Cette politique visait notamment à soutenir les populations fragilisées, réformer le système financier et relancer l’économie américaine.
Jean-Claude Matumweni met aussi en avant la stratégie de communication développée par Roosevelt à travers ses célèbres « Fireside chats », des interventions radiophoniques qui lui permettaient d’établir un lien direct avec les citoyens américains et d’expliquer ses décisions politiques.
À travers cette lecture historique, le professeur appelle à une comparaison rigoureuse entre les contextes politiques et institutionnels, estimant que l’expérience américaine de Roosevelt ne peut être transposée automatiquement au débat congolais sur la limitation des mandats présidentiels.
Il conclut en invitant à une analyse « sérieuse et sans complaisance », loin, selon lui, de toute lecture destinée à servir des objectifs politiques particuliers.
La Gazette du Continent
