Le journaliste Ambroise Mamba, chercheur en sciences politiques analyse la stratégie d’emprise qui se retourne contre son initiateur, Joseph Kabila Kabange. Depuis son départ du pouvoir le 19 janvier 2019, il semble ne jamais avoir véritablement tourné la page.
Habité par la conviction d’un pouvoir qu’il estimait lui appartenir, il a multiplié les initiatives visant à peser sur la gouvernance de son successeur, Félix-Antoine Tshisekedi.
Malgré plusieurs appels à la retenue et à la non-ingérence, l’ancien chef de l’État a opté pour une posture de confrontation. Convaincu de sa capacité à reprendre la main, il aurait élaboré plusieurs leviers d’action militaires, politiques externes et internes, pour affaiblir le pouvoir en place. Aujourd’hui, les sanctions américaines viennent fragiliser considérablement cette stratégie et entamer son image sur la scène internationale.
Une nostalgie du pouvoir aux conséquences lourdes
Dans un discours structuré en douze points annonçant son retour par l’Est du pays, Joseph Kabila a laissé transparaître une ambition persistante de reconquête du pouvoir. Cette posture a été interprétée comme le signe d’une difficulté à se repositionner en dehors de la sphère présidentielle. L’ancien président semble avoir fait le choix de maintenir un rapport direct avec le pouvoir, plutôt que d’explorer d’autres perspectives d’influence internationale, à l’image de Macky Sall. Les sanctions du Trésor américain restreignent désormais ses marges de manœuvre, notamment en matière de transactions financières internationales, renforçant l’idée d’un isolement politique croissant.
Des répercussions sur son entourage politique
Les mesures prises par les États-Unis ne concernent pas uniquement Joseph Kabila, mais affectent également les structures et initiatives qui lui sont associées, notamment le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) et la plateforme « Sauvons la RDC ». Ces sanctions confortent la position défendue par le pouvoir en place, qui attribue à l’ancien président un rôle central dans certaines dynamiques politico-militaires. Elles placent également ses alliés face à un choix stratégique : se désolidariser pour préserver leur crédibilité ou assumer les conséquences d’un alignement politique de plus en plus coûteux.
Un soutien sociologique qui persiste malgré les controverses
Malgré les accusations et les pressions internationales, Joseph Kabila conserve des soutiens dans certaines régions du pays, notamment dans le Grand Katanga et au sein de l’espace swahiliphone. Ces appuis s’expliquent en partie par des dynamiques historiques, culturelles et politiques locales. Des rivalités anciennes, notamment entre certaines communautés, continuent d’influencer les positionnements politiques et alimentent des clivages persistants. Des initiatives de rapprochement, comme celle menée en 2022 par Fulgence Muteba entre Joseph Kabila et Moïse Katumbi, visaient à consolider une base politique commune. Toutefois, ces dynamiques restent fragiles et fortement dépendantes des équilibres internes.
Entre fractures internes et enjeux géopolitiques
Les tensions politiques internes s’inscrivent également dans un contexte régional sensible, marqué par des accusations récurrentes d’ingérences et de soutiens extérieurs, notamment en lien avec le Rwanda. Les discours évoquant des logiques de fragmentation territoriale ou de recomposition politique alimentent les inquiétudes quant à la stabilité du pays. Ils mettent en lumière la complexité des rapports entre enjeux internes et influences régionales.
Un tournant décisif inattendu
La séquence actuelle marque un tournant pour Joseph Kabila. Entre pression internationale, fragilisation politique et recomposition des alliances, son avenir semble désormais incertain. Face à cette situation, deux voies apparaissent : tenter un repositionnement politique en s’inscrivant dans une logique institutionnelle apaisée, ou persister dans une stratégie de confrontation aux conséquences de plus en plus lourdes.
La Gazette du Continent
