À l’occasion du dixième anniversaire du Collège des Hautes Études de Stratégie et de Défense (CHESD), le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a dévoilé, jeudi 20 août 2026 au Palais du Peuple, les grandes lignes d’une nouvelle « doctrine de défense globale » pour la République démocratique du Congo.
Cette doctrine repose notamment sur le développement d’une pensée stratégique souveraine, le renforcement des capacités d’anticipation et de veille, la souveraineté numérique et informationnelle, la recherche de réponses africaines aux défis sécuritaires ainsi que la promotion de l’éthique républicaine.

La cérémonie a marqué les dix ans d’existence du CHESD, présenté comme un centre d’excellence ayant déjà formé 1 692 lauréats, civils et militaires, issus notamment du CHESD et de l’École supérieure d’administration militaire (ESAM).
La dimension régionale de l’événement a été illustrée par la présence du président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye. Les ministres de la Défense de la République du Congo, Raymond Zéphirin Mboulou, et de la République centrafricaine, Claude Rameaux Bireau, ont également pris part à la cérémonie, représentant leurs chefs d’État respectifs.
Avant l’intervention du chef de l’État, trois responsables ont pris la parole. Le général Augustin Mamba, commandant du CHESD, a mis en avant le soutien apporté par Félix Tshisekedi à l’institution depuis sa création en 2016. Le lieutenant-général Jacques Ychaligonza Nduru, chef d’état-major général adjoint chargé des opérations, a réaffirmé l’appui des FARDC au collège, tandis que le vice-Premier ministre et ministre de la Défense, Guy Kabombo Mwadiamvita, a salué l’engagement du président de la République en faveur de la défense du territoire national.
« La souveraineté commence dans l’esprit »

Dans son discours, Félix Tshisekedi a souligné l’évolution du CHESD, qu’il considère désormais comme le principal creuset national d’une pensée stratégique congolaise ouverte sur le continent et tournée vers l’avenir. Selon lui, la diversité des expériences qui s’y rencontrent doit contribuer à développer une véritable intelligence collective.
Le chef de l’État a également insisté sur la vocation de l’institution, qui dépasse, à ses yeux, la seule formation des cadres. Le CHESD doit être une école du discernement, de l’anticipation et de la responsabilité, capable d’éclairer la décision publique et de permettre à la République de penser sa sécurité de manière souveraine.
Pour Félix Tshisekedi, cette souveraineté repose d’abord sur la capacité d’une nation à comprendre les menaces qui la concernent, à définir ses intérêts vitaux et à déterminer elle-même les moyens de les protéger. Renoncer à cette capacité de réflexion reviendrait, selon lui, à laisser d’autres acteurs définir les priorités et les stratégies sécuritaires du pays.
La paix et la défense présentées comme indissociables
Le président congolais a replacé cette nouvelle doctrine dans le contexte sécuritaire à l’Est de la RDC, évoquant notamment l’agression rwandaise ainsi que l’exploitation et le trafic illicites des ressources naturelles.
Il a réaffirmé la volonté de Kinshasa de parvenir à la paix, tout en précisant les conditions qu’il estime nécessaires à son caractère juste et durable : le retrait des forces étrangères non invitées, la fin de tout soutien aux groupes armés, leur désarmement effectif, la protection des populations civiles et le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
Pour le chef de l’État, la recherche de la paix ne s’oppose pas au renforcement des capacités de défense. Les démarches diplomatiques menées notamment à Washington et à Doha relèvent, selon lui, de la volonté de préserver les intérêts souverains de la RDC, sans concession sur son intégrité territoriale.
Il a ainsi résumé cette articulation entre diplomatie et défense par une formule : « La paix donne à la défense sa finalité ; la défense donne à la paix sa garantie ».
Une défense étendue au cyberespace et à l’information
Félix Tshisekedi a par ailleurs estimé que l’évolution des technologies impose de repenser les contours de la défense nationale. Le cyberespace, l’intelligence artificielle et la guerre de l’information élargissent désormais le champ des menaces auxquelles les États doivent se préparer.
Dans cette perspective, il a relevé que les infrastructures stratégiques, les corridors logistiques, les ressources minières, les banques de données ou encore les réseaux de télécommunications peuvent aujourd’hui représenter des enjeux de souveraineté au même titre qu’une frontière terrestre.

La nouvelle doctrine doit donc établir une cohérence entre les forces armées, la diplomatie, le renseignement, l’économie, la recherche scientifique, la justice, la communication stratégique et l’aménagement du territoire.
Cette approche devra également tenir compte des responsabilités internationales de la RDC, membre du Conseil de sécurité des Nations unies pour le mandat 2026-2027. Le CHESD est appelé, dans ce dispositif, à devenir un espace où les différentes expertises se croisent afin d’anticiper les menaces et de transformer l’analyse en options stratégiques destinées à éclairer la décision publique.
En conclusion, le président de la République a appelé à l’élaboration d’une feuille de route orientée vers l’action et l’anticipation. Aux diplômés du CHESD, il a rappelé que les connaissances acquises constituent avant tout une responsabilité envers la République, les invitant à dépasser les urgences, à privilégier l’intérêt général et à faire preuve de lucidité, de courage et de hauteur dans leurs décisions.
Tenplar Ngwadi
