Le Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO) a présenté à la presse, le 8 août 2026 à Kinshasa, les résultats d’un travail consacré à la participation politique et institutionnelle des femmes en République Démocratique du Congo.
Le CAFCO précise qu’il ne s’agit pas du lancement d’un nouveau projet. Le rapport présenté constitue plutôt l’aboutissement d’un projet déjà réalisé avec l’appui de son partenaire Open Society Africa (OSA), notamment autour des élections de décembre 2023 et du processus électoral de 2024.
Ce projet avait pour objectif de contribuer au renforcement de la participation des femmes dans les instances de prise de décision, conformément à l’engagement du CAFCO en faveur de la promotion du leadership politique féminin.
210 femmes candidates accompagnées
Dans le cadre de ce partenariat, le CAFCO avait accompagné 210 femmes candidates aux élections de décembre 2023 dans dix provinces. L’accompagnement avait notamment porté sur le coaching et le renforcement des capacités des candidates.
Le CAFCO avait également engagé un plaidoyer auprès des responsables des partis politiques afin qu’ils apportent un soutien financier et logistique aux femmes inscrites sur leurs listes. Des actions de sensibilisation avaient par ailleurs été menées auprès des électeurs et électrices pour encourager une participation accrue des femmes aux institutions électives.
Le CAFCO avait aussi déployé une mission de médiation électorale et une mission d’observation électorale, en synergie avec d’autres organisations, tandis que ses avocates avaient accompagné certaines femmes dans le cadre du contentieux électoral.
L’Académie CAFCO pour préparer la relève
Le projet avait également permis la mise en place de l’Académie CAFCO, destinée au coaching continu des femmes et des jeunes engagés en politique. L’initiative visait notamment le transfert de compétences et d’expériences entre les femmes politiquement engagées et les nouvelles générations, avec l’ambition de préparer une relève féminine mieux outillée.
Ces différentes actions, combinées à celles menées par d’autres organisations, ont contribué à une progression de la représentation féminine dans les institutions. Selon le CAFCO, la moyenne serait passée d’environ 15 % à 20 %.
Une progression jugée encore insuffisante au regard des objectifs de participation équilibrée des femmes et des hommes aux instances de décision.
Regarder en amont des élections
Pour le CAFCO, la faible présence des femmes sur les listes électorales ne peut cependant pas être analysée uniquement au moment des scrutins. L’organisation a voulu examiner ce qui se passe en amont, au sein des partis politiques, notamment la place accordée aux femmes dans les structures dirigeantes.
Le constat dressé est que les femmes sont souvent davantage représentées dans les Ligues des femmes des partis, alors que leur présence dans les organes stratégiques et décisionnels demeure plus limitée. D’où la nécessité, selon le CAFCO, de se demander quelle place les formations politiques réservent réellement aux femmes avant de chercher à comprendre pourquoi elles sont moins nombreuses à être alignées sur les listes électorales.
Une mission de monitoring dans les partis politiques
C’est dans cette perspective qu’une double mission de monitoring et d’enquête a été menée auprès de plusieurs partis politiques et institutions. Des femmes leaders du CAFCO ont été mobilisées pour recueillir des informations sur la présence des femmes dans les structures de direction et les postes de responsabilité.
Les résultats de cette mission avaient déjà été présentés en août 2025 lors d’un atelier réunissant des femmes politiques et des femmes issues de la société civile. Le CAFCO a choisi de les présenter de nouveau à la presse en 2026 afin de mettre ces données à la disposition du public et d’enrichir sa documentation.
Un rapport sans caractère contraignant
La chargée de l’administration et logistique du CAFCO, Honorine Bokashanga, qui a participé à la commission ayant conduit le monitoring, insiste sur un point essentiel : le rapport n’a pas de caractère contraignant.
Il ne s’agit ni d’une décision administrative ni d’un instrument juridique imposant des obligations aux partis politiques. Le document constitue avant tout un outil de documentation, d’analyse et de plaidoyer. Il vise à rendre visibles certaines réalités observées sur le terrain et à permettre aux différents acteurs d’en tirer des enseignements.
Pour le CAFCO, les données recueillies doivent notamment servir de base à la sensibilisation des responsables politiques et à l’amélioration de la participation des femmes dans les instances de décision.
L’accès aux données, un défi majeur
La mission de terrain a toutefois été confrontée à d’importantes difficultés, notamment pour accéder aux informations. Les équipes ont parfois dû effectuer plusieurs démarches auprès d’un même parti ou d’une même institution avant de parvenir à identifier la personne capable de fournir les données recherchées.
L’expert du CAFCO, Parole Mbengama, souligne également l’absence d’un mécanisme suffisamment contraignant obligeant les institutions à rendre systématiquement publiques leurs données. Dans certains cas, les personnes rencontrées dans les sièges des partis ne disposaient pas elles-mêmes des informations demandées.
Les moniteurs étaient alors contraints de contacter d’autres responsables pour obtenir les renseignements nécessaires.
Des « partis saisonniers » principalement actifs en période électorale
Le monitoring a également mis en évidence un fonctionnement irrégulier de certaines formations politiques. Selon les observations des enquêteurs, plusieurs partis semblent particulièrement actifs à l’approche des élections, avant de connaître une longue période d’inactivité.
L’expert du CAFCO parle ainsi de « partis saisonniers », comparant certaines formations à des animaux qui hibernent avant de se réveiller à l’approche des échéances électorales.
Dans certains sièges visités, les équipes ont même constaté des signes d’inactivité prolongée, avec des locaux peu entretenus, parfois envahis par la moisissure ou la végétation.
Une situation qui soulève la question du fonctionnement permanent des partis politiques et de leur capacité à assurer, en dehors des périodes électorales, leur rôle d’encadrement et de participation à la vie démocratique.
Les conseils municipaux également confrontés à des difficultés
Le rapport formule aussi des recommandations concernant les conseils municipaux. Le CAFCO plaide notamment pour que ces organes disposent de locaux propres et adaptés à l’exercice de leurs fonctions.
Dans certaines situations, les conseils municipaux sont hébergés dans les locaux des communes, ce qui peut créer des tensions avec les bourgmestres.
Le rapport relève la nécessité de clarifier les relations institutionnelles entre les autorités communales nommées et les conseillers municipaux élus, afin de garantir le fonctionnement normal de ces structures.
Vulgariser les lois pour permettre aux femmes de faire valoir leurs droits
Au-delà de la collecte des données, le monitoring a également permis d’identifier un autre obstacle : la méconnaissance, par certaines femmes, des lois qui leur sont favorables en matière de participation politique.
Le CAFCO entend désormais renforcer, parallèlement à la sensibilisation, la vulgarisation de ces textes.
L’objectif est que les femmes connaissent leurs droits et puissent progressivement s’en approprier les dispositions afin de les faire valoir elles-mêmes au sein de leurs partis politiques.
Pour Honorine Bokashanga, il ne suffit pas que le CAFCO porte le plaidoyer. Les femmes doivent également être en mesure de réclamer leurs droits directement auprès de leurs responsables politiques.
La gestion de la chose publique n’a pas de sexe
Les équipes ont également identifié des formes d’autocensure chez certaines femmes. Certaines hésitent encore à briguer des postes de responsabilité, estimant qu’elles ne pourraient pas exercer certaines fonctions considérées comme traditionnellement masculines.
Le CAFCO cherche à déconstruire cette perception à travers la sensibilisation et le renforcement des capacités. Le message porté par l’organisation est clair est « la gestion de la chose publique n’a pas de sexe ».
Autre difficulté relevée : certaines femmes estiment encore devoir obtenir l’autorisation de leur mari avant de s’engager pleinement dans la vie politique.
Le CAFCO mène donc un travail de vulgarisation juridique pour rappeler l’évolution du droit congolais et encourager les femmes à connaître et à faire valoir leurs droits.
La « masculinité positive » comme outil de plaidoyer
Le CAFCO entend également s’appuyer sur la volonté politique affichée au plus haut niveau de l’État, notamment autour du concept de « masculinité positive » défendu par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.
Pour l’organisation, les femmes engagées dans les partis politiques peuvent elles-mêmes utiliser cette orientation comme levier de plaidoyer auprès de leurs responsables directs, notamment les présidents et secrétaires généraux des formations politiques.
L’ambition est que les femmes deviennent elles-mêmes porteuses de leurs revendications et rappellent régulièrement aux dirigeants politiques les engagements pris en faveur de leur participation.
Du monitoring au plaidoyer
Au final, le rapport du CAFCO ne se limite donc pas à établir des chiffres sur la présence des femmes dans les partis et les institutions. Il met en lumière plusieurs obstacles structurels, notamment l’accès difficile aux données, le fonctionnement irrégulier de certaines formations politiques, la faible présence des femmes dans les organes stratégiques, la méconnaissance des textes juridiques, l’autocensure et la persistance de certaines pesanteurs socioculturelles.
Pour le CAFCO, ces constats doivent désormais nourrir le plaidoyer, la sensibilisation, la formation et la vulgarisation des lois.
L’objectif reste de faire en sorte que les femmes ne soient pas uniquement présentes dans les espaces politiques, mais qu’elles puissent réellement participer aux décisions et accéder aux postes de responsabilité, au sein des partis comme dans les institutions de la République.
Zacharie Mikounga
