Le commissaire général adjoint chargé de la coordination de la Police judiciaire, le commissaire divisionnaire Isaac-Bertin Balepukayi, a appelé les agents de cette unité à davantage de discipline, de rigueur et de respect des procédures judiciaires.
Il s’est exprimé lundi 10 août 2026 à Kinshasa, à l’occasion d’une parade au cours de laquelle il a également transmis les félicitations du commissaire général de la Police nationale congolaise, le commissaire divisionnaire principal Benjamin Alongaboni.
Discipline et respect des lois
Devant les agents, Isaac-Bertin Balepukayi a insisté sur la nécessité de respecter les lois de la République ainsi que les textes qui régissent la Police nationale congolaise. Il a notamment demandé aux responsables des différentes directions de sanctionner les agents absents à la parade, estimant que la discipline doit demeurer une règle fondamentale au sein de la Police judiciaire.
Le responsable de la coordination a également dénoncé certaines pratiques qu’il qualifie d’inacceptables, notamment les arrestations arbitraires de citoyens, leur maintien prolongé dans des postes de police ou encore leur détention à des fins personnelles. « Nous n’allons pas tolérer que des brigands arrêtent des citoyens et les laissent dans les postes de police », a-t-il martelé, appelant les agents concernés à mettre immédiatement fin à ces pratiques.
Des recettes qui doivent profiter à l’État
Le commissaire général adjoint a par ailleurs rappelé que la Police judiciaire contribue à la mobilisation des recettes publiques, notamment à travers les amendes transactionnelles et les frais liés à la délivrance de certains documents judiciaires.
Selon lui, les amendes transactionnelles ont représenté près de dix millions de francs congolais, tandis que les recettes provenant des extraits de casier judiciaire ont atteint des montants importants au cours de l’exercice 2025.
Isaac-Bertin Balepukayi a demandé aux officiers de police judiciaire de veiller à ce que les auteurs d’infractions s’acquittent des amendes conformément à la nomenclature en vigueur. Il a également rappelé les assignations financières fixées à la Police judiciaire et appelé les agents à contribuer à leur réalisation dans le strict respect de la loi.
Coopération policière avec la République du Congo
Abordant la coopération policière régionale, le responsable de la Police judiciaire s’est félicité de la collaboration entre la RDC et la République du Congo.
Il a fait état de plusieurs opérations de remise de police à police, notamment par l’intermédiaire d’Interpol. Des personnes interpellées en République du Congo devraient ainsi être remises aux autorités policières congolaises dans le cadre de dossiers judiciaires.
Cette coopération concerne notamment des affaires liées à la falsification de passeports et à d’autres infractions transfrontalières.
Mise en garde contre les fausses informations
Isaac-Bertin Balepukayi a également appelé les policiers à faire preuve de prudence sur les réseaux sociaux. Il leur a déconseillé de relayer des informations non vérifiées ou de participer à la propagation de fausses nouvelles.
Il a rappelé que la diffusion de faux bruits peut constituer une infraction et exposer son auteur à des poursuites judiciaires. Pour lui, les policiers, en tant qu’agents chargés de faire respecter l’ordre, doivent eux-mêmes adopter un comportement conforme à la loi.
« La Police judiciaire n’est pas un sanctuaire de criminels en uniforme »
Le commissaire général adjoint a dénoncé avec fermeté les comportements criminels de certains agents en uniforme. « Nous ne pouvons pas trouver des hommes en uniforme qui deviennent eux-mêmes des brigands », a déclaré Isaac-Bertin Balepukayi, annonçant que les agents impliqués dans ce type de faits doivent être rapidement déférés devant le ministère public.
Des procès-verbaux sans abréviations
Autre point soulevé lors de cette parade : la qualité de la rédaction des procès-verbaux. Le responsable de la Police judiciaire a déploré l’utilisation d’abréviations dans certains documents officiels. Il a demandé aux OPJ de respecter les règles de rédaction et d’utiliser notamment le pronom de la première personne du pluriel dans les procès-verbaux, plutôt que des formulations jugées inappropriées.
Les OPJ appelés à transmettre rapidement les dossiers
Isaac-Bertin Balepukayi a également rappelé que les officiers de police judiciaire ne disposent pas du pouvoir de conserver indéfiniment les dossiers ni de les classer sans suite. Selon lui, dès qu’une infraction est constatée, les OPJ doivent établir les faits, déterminer la date et le lieu de leur commission, rassembler les éléments de preuve et transmettre rapidement le dossier à l’officier du ministère public.
Il recommande un délai de traitement d’environ sept jours, et de deux semaines au maximum, avant la transmission du dossier, sauf nécessité particulière liée à l’enquête.
Des dossiers anciens dans le viseur
Le commissaire général adjoint s’est également inquiété de la conservation prolongée de dossiers judiciaires dans certains services. Il a notamment évoqué des dossiers datant de 2023, 2024 ou 2025 qui continueraient à parvenir à son bureau dans le cadre de réquisitions d’information.
Il a rappelé que lorsqu’un officier du ministère public transmet une réquisition avec un délai légal, celle-ci doit être traitée dans les délais impartis. Il a donc mis en garde les OPJ contre la conservation prolongée des dossiers.
« Nous n’avons pas le pouvoir de classer un dossier », a-t-il insisté, rappelant que le classement sans suite relève d’une décision du ministère public et peut, dans certaines circonstances, être remis en cause lorsque de nouveaux éléments apparaissent.
Évaluation individuelle des OPJ
Pour améliorer le suivi du travail des officiers de police judiciaire, la coordination entend instaurer dès la semaine prochaine un système d’évaluation individuelle.
Les directeurs seront chargés de contrôler régulièrement les activités des OPJ à travers une fiche individuelle. Cette évaluation devrait notamment permettre d’identifier les agents qui travaillent avec efficacité et conscience professionnelle.
Le commissaire général adjoint a annoncé qu’il procédera lui-même à des contrôles direction par direction afin d’évaluer le travail accompli, notamment le nombre d’auteurs d’infractions interpellés, les dossiers transmis au ministère public et les propositions d’amendes effectuées conformément à la loi.
Il s’est interrogé sur le cas de certains OPJ qui, depuis sa prise de fonction à la tête de la coordination de la Police judiciaire, n’auraient ni arrêté d’auteurs d’infractions ni transmis de dossiers au parquet.
Des formations pour renforcer les capacités
Enfin, Isaac-Bertin Balepukayi a annoncé la poursuite du renforcement des capacités des agents de la Police judiciaire. Après une formation ayant concerné 60 OPJ, organisée avec l’accompagnement des partenaires traditionnels lors d’un atelier à Kananga, une nouvelle session de remise à niveau devrait être organisée.
Cette prochaine formation sera destinée aux commissaires provinciaux, avec pour objectif de renforcer leur maîtrise des procédures et de favoriser une meilleure conformité des pratiques policières avec la législation en vigueur.
À travers ces différentes directives, la coordination de la Police judiciaire entend renforcer la discipline, accélérer le traitement des dossiers et lutter contre les abus commis par certains agents, tout en améliorant l’efficacité de cette unité dans la lutte contre la criminalité.
Zacharie Mikounga
