La désignation de Laetitia Muderhwa comme nouvelle secrétaire générale de la Fédération congolaise de football association (FECOFA) en remplacement de Liliane Tshimpumpu a suscité, sur les réseaux sociaux, des interrogations parfois maladroites sur ses origines.
Certains internautes sont même allés jusqu’à la présenter comme Rwandaise, sur la seule base de son patronyme. Une lecture que le journaliste Belhar Mbuyi juge infondée et révélatrice d’une méconnaissance de la diversité historique, culturelle et linguistique de la République Démocratique du Congo.
Dans une mise au point largement relayée, il rappelle que la diversité des noms et des patronymes congolais ne peut être réduite à quelques grandes appellations devenues familières dans l’espace public.
Le Congo est divers
« Ma foi, le Congo est divers ! », écrit Belhar Mbuyi, avant d’énumérer une série de patronymes rencontrés dans différentes communautés et provinces de la RDC.
Il cite notamment Angletario Dramile et Andrito chez les Logo du Haut-Uele, Kamara Rwakaïkara chez les Hema de l’Ituri, Mon Bon Nker et Lakup Tier chez les Yansi du Kwilu, Karl i Bond chez les Lunda du Lualaba, Kirarahumu chez les Nande du Nord-Kivu ou encore Cibiraswhera, Chirhuzire et Rukeratabaro chez les Shi du Sud-Kivu.
La liste comprend également Bin Nassor Abdallah chez les Nonda du Maniema, Seblon Nor chez les Sakata du Maï-Ndombe, Dia Onken a Mbel et Mbam Enzang Sayal chez les Mbuun du Kwilu, ainsi que Tarangutoro et Abongondrando dans le Bas-Uele.
Pour le journaliste, cette diversité patronymique constitue précisément l’une des caractéristiques de la société congolaise.
Le cas du patronyme Muderhwa
C’est dans ce contexte qu’il revient sur le nom de Laetitia Muderhwa. Selon Belhar Mbuyi, le patronyme Muderhwa est associé au milieu shi, dans le Sud-Kivu. Il explique que, dans la langue mashi, « Muderhwa » renvoie à l’idée de « celui ou celle dont on parle ».
Il évoque également l’expression « Muderhwa ajir’emisi », à laquelle il attribue le sens de « celui ou celle dont on parle doit être puissant(e) ».
Dès lors, conclut-il, assimiler automatiquement une personne à une nationalité étrangère en raison de son patronyme relève d’un raccourci qui ne tient pas compte de la complexité historique et culturelle des populations de la région des Grands Lacs.
Une diversité qui dépasse les frontières administratives
La RDC compte des centaines de groupes ethniques, de langues et de traditions. Cette diversité s’est construite au fil des migrations, des échanges, des alliances, des déplacements de populations et de la formation de différents royaumes et ensembles politiques.
Dans la région des Grands Lacs, les frontières actuelles sont relativement récentes au regard de cette histoire. Elles ne correspondent donc pas toujours aux espaces historiques de circulation des populations.
C’est notamment ce qui explique que certaines communautés culturelles ou linguistiques puissent aujourd’hui être présentes de part et d’autre des frontières entre la RDC, le Rwanda, le Burundi, l’Ouganda et la Tanzanie.
L’héritage de l’Empire du Kitara
Pour expliquer cette proximité historique, Belhar Mbuyi invite également à accorder davantage de place, dans l’enseignement de l’histoire, à l’ancien empire du Kitara, ou Kitara, souvent présenté dans les traditions historiques de la région comme un ancien ensemble politique des Grands Lacs.
Balhar Mbuyi cite, parmi les royaumes et entités historiques qui se sont développés ultérieurement dans cet espace, le Nyankole dans l’actuelle Ouganda, le Bunande dans des territoires correspondant aujourd’hui à l’Ouganda et à la RDC, le Rwanda, le Bushi dans l’est de la RDC, le Burundi, le Buha et le Karagwe dans l’actuelle Tanzanie.
Cette histoire rappelle que les populations de la région ont entretenu pendant des siècles des relations qui dépassent largement les frontières héritées de la période coloniale.
Éviter l’amalgame entre patronyme, apparence et nationalité
La polémique autour de Laetitia Muderhwa met ainsi en lumière un problème plus large de la tendance à déterminer l’origine ou la nationalité d’une personne à partir de son nom, de son apparence physique ou de son lieu supposé d’origine.
Or, un patronyme ne constitue pas, à lui seul, une preuve de nationalité. De même, les ressemblances culturelles, linguistiques ou physiques entre populations voisines ne permettent pas de déterminer automatiquement l’identité nationale d’un individu.
Dans un pays aussi vaste et diversifié que la RDC, cette prudence est d’autant plus nécessaire.
Un appel à mieux connaître l’histoire congolaise
Au-delà de la controverse suscitée par la nomination de la nouvelle secrétaire générale de la FECOFA, cette affaire relance donc le débat sur la connaissance de l’histoire et de la diversité de la RDC.
Pour Belhar Mbuyi, les Congolais ne peuvent être réduits à quelques patronymes emblématiques comme Mbuyi, Kabongo, Kinkela ou Baende. La République Démocratique du Congo est une mosaïque de peuples, de langues, de cultures et d’histoires.
Mieux enseigner cette diversité pourrait contribuer à limiter les amalgames et les préjugés, particulièrement lorsqu’ils sont amplifiés par les réseaux sociaux.
La controverse autour du nom Muderhwa devrait ainsi être l’occasion non pas de rechercher à tout prix une origine étrangère, mais de rappeler une réalité fondamentale. C’est l’identité congolaise qui est plurielle et l’histoire du Congo est profondément liée à celle de l’ensemble de l’Afrique centrale et de la région des Grands Lacs.
La Gazette du Continent
