Le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, a appelé, lundi 27 juillet 2026, les États africains à renforcer leur coordination pour mieux gérer les flux migratoires sur le continent, estimant qu’aucun pays ne pouvait faire face seul à cette problématique. Son intervention devant le Parlement panafricain intervient dans un contexte marqué par une recrudescence des violences visant les ressortissants étrangers en Afrique du Sud.
Le chef de l’État a souligné que des mouvements transfrontaliers insuffisamment maîtrisés pouvaient mettre à l’épreuve la sécurité ainsi que la cohésion sociale. Il a toutefois insisté sur le fait que la réponse ne pouvait se limiter au contrôle des migrations, plaidant avant tout pour une action sur les causes profondes qui poussent de nombreux Africains à quitter leur pays.
Selon Cyril Ramaphosa, les conflits, l’instabilité politique, les défaillances de gouvernance, la pauvreté et les fractures sociales figurent parmi les principaux facteurs à l’origine de ces déplacements. Il a ainsi appelé les nations africaines à s’attaquer collectivement à ces défis afin de réduire les migrations contraintes.
Cette prise de position intervient alors que l’Afrique du Sud fait face à une montée des manifestations hostiles aux immigrés. Des groupes xénophobes accusent notamment les étrangers en situation irrégulière, majoritairement originaires d’autres pays africains, d’être responsables de la criminalité, du chômage et de la pression exercée sur les services publics. Un mouvement né l’année précédente autour de l’accès des immigrés aux structures de santé s’est intensifié cette année avec des appels réclamant leur départ du territoire avant le 30 juin.
Selon un recensement établi à partir des données communiquées par plusieurs gouvernements ayant organisé des opérations de rapatriement, plus de 160 000 ressortissants étrangers ont quitté l’Afrique du Sud au cours des deux derniers mois. Il s’agit de l’un des plus importants mouvements de retour enregistrés récemment dans le pays.
Les violences ont également coûté la vie à au moins quatre ressortissants étrangers, même si certains États avancent un bilan plus élevé. Cyril Ramaphosa a qualifié ces attaques de « tristes et abjectes », affirmant que son pays regrettait profondément les pertes en vies humaines. Il a réitéré l’engagement de son gouvernement à lutter contre la haine envers les étrangers, la xénophobie et l’afrophobie.
La situation suscite également des réactions sur le plan continental. Le Ghana a obtenu l’organisation d’un débat au sein de l’Union africaine consacré à cette crise. Dans le même temps, deux ressortissants ghanéens ont saisi la Cour pénale internationale afin qu’une enquête soit ouverte sur ce qu’ils qualifient d’« attaques xénophobes répétées », une démarche rejetée par Pretoria, qui la considère comme « opportuniste ».
Première économie du continent, l’Afrique du Sud attire depuis de nombreuses années des migrants venus de plusieurs pays africains. Le pays est toutefois régulièrement confronté à des flambées de violences xénophobes depuis près de deux décennies. Les émeutes de 2008 avaient fait 62 morts et entraîné le déplacement de milliers de personnes, avant de nouvelles vagues de violences en 2015, 2016 et 2019, cette dernière ayant causé la mort de douze personnes, en majorité sud-africaines.
La crise actuelle se distingue néanmoins par son ampleur régionale. Pour la première fois, plusieurs gouvernements africains ont organisé simultanément des opérations coordonnées de rapatriement volontaire de milliers de leurs ressortissants, illustrant les inquiétudes croissantes face à la détérioration du climat sécuritaire en Afrique du Sud.
Tenplar Ngwadi
