Le signal du départ a été donné dans la province de l’Ennedi Est. Samedi, les autorités tchadiennes ont entamé le transfert d’environ 2 300 réfugiés dont plus de la moitié sont des femmes et des enfants, qui stagnaient à la lisière de la frontière avec le Soudan.
Cette opération de relocalisation, pilotée par la Commission nationale d’accueil et de réinsertion des réfugiés et des rapatriés (CNARR), vise à mettre ces populations vulnérables à l’abri des zones de combat potentielles.
Une évacuation sous pression militaire
L’urgence est autant humanitaire que sécuritaire. Selon Saleh Tebir Souleymane, représentant de la CNARR à Tiné, le temps presse : « Nous avons reçu des instructions pour agir rapidement car l’armée sécurisera la frontière dans les prochains jours », a-t-il précisé. Ce déploiement massif de l’armée tchadienne fait suite à une attaque transfrontalière particulièrement sanglante ayant coûté la vie à 17 personnes, dont certaines assistaient à des funérailles.
Face à cette incursion, le président Mahamat Idriss Déby n’a pas tardé à réagir. Il a ordonné à ses troupes de se tenir prêtes à d’éventuelles représailles, n’excluant plus des opérations militaires en territoire soudanais pour neutraliser la menace. Cette escalade marque un tournant dans la gestion de cette frontière orientale, déjà officiellement fermée le mois dernier après des affrontements qui avaient tué cinq soldats tchadiens.
Le contrecoup du conflit soudanais
Depuis avril 2023, la guerre qui oppose l’armée régulière soudanaise aux Forces de soutien rapide (RSF) ne cesse de déborder sur le Tchad. Les communautés frontalières tchadiennes subissent de plein fouet les dommages collatéraux de ce conflit, déplorant des pertes humaines et des dégâts matériels récurrents.
Malgré la fermeture des points de passage, les réfugiés continuent d’affluer, fuyant les violences soudanaises pour chercher refuge en territoire tchadien. Pour N’Djamena, le défi est désormais double : assurer l’accueil de ces milliers de civils tout en verrouillant une frontière devenue le théâtre d’une instabilité chronique. Les opérations de transfert, débutées dans l’Ennedi Est, devraient s’étendre rapidement à l’ensemble des villes frontalières servant actuellement de zones de transit.
Tenplar Ngwadi
