Le ton monte entre Kigali et ses partenaires internationaux. Samedi 14 mars 2026, le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, a été on ne peut plus clair : le Rwanda « retirera ses troupes du Mozambique si un financement durable n’est pas garanti pour ses opérations antiterroristes à Cabo Delgado ».
Depuis 2021, environ 1 000 militaires et policiers rwandais sont déployés dans cette province stratégique, frontalière de la Tanzanie, pour contenir une insurrection jihadiste affiliée à l’État islamique.
Si l’Union européenne, via la Facilité européenne pour la paix, a déboursé environ 20 millions d’euros pour soutenir ce déploiement, le compte n’y est pas pour le gouvernement rwandais. Selon Kigali, le coût réel des opérations serait « au moins 10 fois supérieur ». Olivier Nduhungirehe affirme que son pays a déjà investi des « centaines de millions de dollars » et sacrifié des soldats pour stabiliser la région.
Cette stabilisation a pourtant porté ses fruits : elle a permis le retour des populations déplacées, la réouverture des commerces et, surtout, la reprise des investissements massifs dans le gaz naturel liquéfié (GNL). Le géant français TotalEnergies a d’ailleurs annoncé fin janvier la reprise de son projet titanesque de 20 milliards de dollars — le plus grand investissement privé en Afrique — gelé depuis l’attaque sanglante de Palma en mars 2021.
Au-delà de l’aspect financier, c’est l’amertume diplomatique qui transparaît dans les propos rwandais. Kigali déplore que ses soldats soient « constamment remis en question, diffamés, critiqués, blâmés ou sanctionnés par les pays mêmes qui profitent grandement de notre intervention au Mozambique ».
Le ministre fait ici référence aux récentes sanctions américaines contre l’armée rwandaise pour son soutien présumé au groupe M23 dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). L’année dernière, l’Union européenne avait également sanctionné des chefs militaires rwandais. « Nous sommes prêts à quitter le Mozambique si notre travail et nos réussites ne sont pas reconnus à leur juste valeur », a martelé le ministre sur le réseau social X.
Le départ des troupes rwandaises constituerait un risque majeur pour le Mozambique. Le conflit au Cabo Delgado a déjà fait au moins 6 400 morts depuis 2017, selon l’ONG Acled. Sans la protection de Kigali, la sécurité des installations gazières opérées par TotalEnergies, l’italien ENI ou l’américain ExxonMobil redeviendrait incertaine.
Alors que la production du projet de TotalEnergies est désormais visée pour 2029, cette crise de financement place les partenaires occidentaux face à un dilemme : assurer la pérennité financière de l’intervention rwandaise ou risquer un nouveau retrait des investisseurs face à la menace jihadiste.
Tenplar Ngwadi
