Le samedi 5 février 2005, les Togolais apprennent la mort brutale de Gnassingbé Eyadéma.
Le président Eyadema s’est éteint, à dix mille mètres au-dessus de la terre, sur un lit d’avion, entouré de bouteilles d’oxygène, loin de son pays et des Togolais.
Cet homme a dirigé le pays d’une main de fer pendant trente huit ans, né le 26 décembre 1935 à Pya (nord du Togo) de parents paysans, ce militaire de formation a participé au coup d’État de 1963 contre Sylvanus Olympio, et a pris le pouvoir par coup d’État, le 13 janvier 1967.
En ce début du mois de janvier 2005, le président togolais est très affaibli et se repose chez lui à Pya, ses apparitions publiques sont devenues rares. Recevant des visiteurs, il lui arrivait parfois de s’endormir une vingtaine de secondes en plein milieu d’une phrase, les bruits allaient bon train sur sa mort, les chancelleries occidentales étaient en alerte.
Le 3 janvier 2005, le décès de son frère aîné, Kabissa Gnassingbé, auquel il était très attaché, lui porte un nouveau coup, « Il est parti là-haut préparer ma venue », confie- t-il, les yeux remplis de larmes.

Cette force de la nature qui fut lutteur dans sa jeunesse sent la finitude et ne cesse de parler de sa mort , les 15 et 16 janvier, il est hospitalisé à Zurich, en Suisse, pour un check-up. Les résultats ne sont pas bons. Les médecins lui interdit toute activité, ce qui ne l’empêche pas de participer à un sommet à d’Abuja.
Un sommet de trop ?
Retour à Lomé, il reçoit le 1er février, l’ambassadeur de France au Togo, celui-ci s’inquiète et prévient la famille.
Le 2 février 2005, il perd conscience pendant de longues heures dans sa résidence , la famille décide son évacuation pour Tel-AViv, en Israël. Mais le président n’est pas en état de voyager , le 4 février.
Ce n’est que le lendemain, samedi 5 vers 4 heures du matin que le président hissé sur une civière monte dans l’avion.
À son bord, à part l’équipage ,voyagent la première dame , ses deux garçons Faure et Kpacha, le chef de la sécurité présidentielle et cinq médecins, trois européens et deux togolais.
L’itinéraire est tracé , un malade important à bord , les autorités aériennes de différents pays sont prévenues , la Libye interdit son espace aérien ; les rapports entre la Libye du colonel Kadhafi et Israël sont exécrables, le passage d’un appareil à destination d’Israël est interdit. La géopolitique s’invite, helas !
Un autre itinéraire est vite trouvé, l’avion passe par la Tunisie, malheureusement à 250 km au sud de Tunis, les médecins annoncent à la famille la mort du président.
À 69 ans, dont trente-huit au pouvoir, le baobab de Pya est décédé.
La rumeur du décès se propage , le Premier ministre togolais finira par annoncer à la télévision la mort du président, à 19 heures, les frontières terrestres et aériennes du Togo seront fermées et rouvertes le surlendemain.
Le pouvoir sera confié à son fils Faure Gnassingbé,contrairement à la Constitution , par les militaires, tous originaires du Nord , région natale du président, la Constitution sera de nouveau piétinée.
Un habillage constitutionnel à la mesure du nouveau président sera taillé plus tard par le Parlement.
Jean-claude Mombong Mass
